Mieux protéger la biodiversité tout en produisant mieux du bois
Contribution de Vivre en Tarentaise
1- Exploitation forestière –
Desserte.
La création de nouvelles voies
de dessertes doit être subordonnée à l’étude d’un plan cohérent de mobilisation
des bois à l’échelle des territoires ( Chartes
Forestières).
Toute création d’une nouvelle
voie d’accès forestière ou pastorale doit faire l’objet d’un permis de
construire.
Toute création de voie d’accès
d’une longueur supérieur à 1 km (à discuter) doit faire l’objet d’une notice
d’impact.
Toute création de voie d’accès
d’une longueur supérieur à 2 km doit faire l’objet d’une étude d’impact et
d’une enquête publique.
Remarque ( en Rhône Alpes l’ONF s’impose en
interne une « analyse d’impact » sans valeur réglementaire pour tous
travaux de terrassement, les DDAE l’exigent pour les dossiers de demande de
subvention).
Pour le
projets de desserte le cahier des charges doit préciser la largeur
maximale de plateforme autorisée. Le dépassement de cette largeur doit être
considéré comme une non-conformité et entraîner des sanctions ( remise en état, non versement de subvention…).
2- Documents de gestion, Article
L 11 du Code Forestier.
L’application de cet article
reste très problématique car les documents de gestion forestière (aménagements forestiers) sont généralement
rédigés et approuvés pour des périodes longues ( 15 à
20 ans ) pendant lesquelles le contexte socio-économique et les législations
concernant la protection de la nature peuvent évoluer considérablement. Vouloir
faire approuver en bloc des projets sur une période aussi longue est irréaliste
et dangereux.
3 – Regroupements forestiers,
remembrement.
L’extrême morcellement de la
forêt privée peut être sur certaines territoires un
obstacle à une gestion forestière cohérente. La création d’associations
foncières ou le regroupement de parcelles peut être alors souhaitable. Pour
éviter les excès qu’à connu le secteur agricole dans ce domaine il est
impératif que ces regroupements entraînent une obligation d’adhésion à un
système de certification.
4 – Accueil du public.
Comme dans tous les espaces
naturels les loisirs motorisés n’ont pas leur place en forêt. Les voies de
desserte forestière doivent faire l’objet d’un inventaire limitatif de celles
qui sont ouvertes à la circulation. Les autres doivent être interdites. Les
communes qui ne se donneraient pas les moyens de faire appliquer cette
interdiction devraient être sanctionnées ( retrait de certification ?).
Les moyens d’accès mécanisés
indirects ( remontées mécanique pour ski ou VTT )
doivent obligatoirement être assortis de dispositifs de canalisation de ces
pratiques.
5 – Changements climatiques.
La conservation de la diversité
génétique, la régénération naturelle, la recherche d’un mélange d’essences
autochtones sont les meilleurs garants de la résilience des forêts face aux
perturbations possibles du climat. L’introduction d’espèces exotiques, le
raccourcissement des rotations et des âges d’exploitabilité présentent de
graves risques pour la biodiversité et
ne vont donc pas dans le sens des objectifs affichés.
6 – carbone.
Les forêts ont une capacité de
stockage du carbone sous forme de bois, mais aussi dans le sol sous forme de
matières organiques. La récolte de bois permet de mettre à l’abri de la
décomposition une partie du bois ( bois d’œuvre) et
donc d’immobiliser temporairement du carbone. Mais la mise en lumière du sol
par la coupe de bois accélère la décomposition de la matière organique et
contribue ainsi à restituer du carbone dans l’atmosphère. Faire croire qu’on
pourrait « compenser » l’utilisation d’énergies fossiles ou la
destruction de forêts anciennes par des plantations de jeunes arbres baptisées
« puits de carbone » est une supercherie que nous devons combattre.
7 – Espaces protégés –
naturalité – vieux bois – bois morts.
Dans les espaces protégés
l’adhésion à un système de certification doit être rendue obligatoire.
Pour les projets de desserte dans
les espaces protégés la production d’une notice d’impact doit être obligatoire
quelle que soit la longueur prévue ( étude d’impact +
enquête publique si longueur > 2 km).
Dans les espaces protégés
l’objectif de préservation de la biodiversité doit primer dans tous les cas par
rapport à la récolte de bois et à l’accueil du public. Seul le comité
scientifique en charge de ces espaces devrait avoir autorité pour arbitrer en
cas de conflit d’intérêt.
L’objectif de 10% de la surface
forestière en évolution naturelle doit être un minimum à atteindre pour tous
les territoires. Il ne saurait être question que l’impossibilité d’exploitation
d’une partie importante des territoires montagneux vienne compenser une
surexploitation des forêts de plaine.
Remarque : le ratio 90% exploité / 10% non exploité montre bien où
sont les extrémistes.
Maintien de 2 arbres morts sur
pied ( Æ
> 35cm minimum) par hectare. Maintien des arbres à cavité. Maintien au
minimum de 5 arbres/ha ayant dépassé le diamètre d’exploitabilité fixé par le
plan de gestion ou l’aménagement.
Remarque :
des instructions internes à l’ONF existent déjà mais pour le moment aucun
contrôle effectif n’est exigé sur le terrain.
La valorisation du bois-énergie
ne doit pas entraîner l’extraction de la totalité des rémanents (60%
maxi ?).
Remarque : très difficile à quantifier et à contrôler, de plus le
risque pour la fertilité du sol est très variable selon le niveau trophique ( sols calcaires / acides )
8 – Gestion forestière –
sylviculture – renouvellement.
La création d’associations
foncières débouchant sur une certification et un plan de gestion doit être
encouragée.
Le traitement en futaie
irrégulière ou jardinée doit être privilégié.
Sauf problème sanitaire grave la
pratique de coupes rases de plus de 2 ha doit être proscrite. Si le traitement
en futaie régulière est retenu, dans le cas de coupes supérieures à 2 ha, la
durée minimum entre la première coupe
d’ensemencement et la coupe définitive doit être au minimum égale à 1/5° de
l’âge d’exploitabilité.
La régénération naturelle doit
être recherchée en priorité. Si une plantation est nécessaire une plantation à
faible densité (<500 plants /ha) sera privilégiée pour permettre le
développement d’un sous-étage diversifié.
Les aides publiques doivent
privilégier les essences indigènes, au détriment des exotiques même acclimatées
( Douglas, Cèdre, Chêne rouge…).
9 – Intrants.
Les écosystèmes forestiers ne
représentent que 25% du territoire. En
dehors de la haute montagne et de rares zones humides ce sont les espaces les
plus proches d’un état naturel. Ils doivent être préservés des pratiques
intensives qui ont montré leurs dangers dans le domaine agricole.
L’utilisation de produits
phytosanitaires doit être réservé à des situations
exceptionnelles, des commissions départementales incluant des représentants des
APN pourraient évaluer ces situations.
Les forêts françaises ont une
productivité suffisante qu’il faut préserver par des pratiques culturales
adaptées (pas de coupes rases, diversité des essences, maintien du sous-étage,
contrôle de l’exportation de biomasse…) l’utilisation d’engrais ne peut être
qu’un facteur de risque, notamment pour la préservation de la ressource en eau.
En aucun cas les écosystèmes
forestiers n’ont vocation à accueillir des déchets tels que des boues de
centrales d’épuration. Ces déchets doivent en priorité être valorisés ( méthanisation) puis, s’il est établi que les déchets
ultimes n’ont aucune toxicité, ils devraient pouvoir être utilisés en
agriculture. Les espaces naturels ne doivent pas être la poubelle de
l’humanité.
10 – Connaissance – inventaires
11 – Filière bois – bois-énergie
– bois d’œuvre – tracabilité ;
Le bois est un matériau dont le
bilan carbone est plus favorable que la plupart des autres matériaux, mais ce
bilan n’est jamais nul du fait des énergies mises en œuvre pour l’exploitation
forestière, le transport et la transformation.
S’il est judicieux de promouvoir
l’utilisation du bois, il est nécessaire de minimiser son bilan en donnant la
priorité aux filières courtes. Les gains de productivité offerts par de très
grosses unités de transformation seront à l’avenir limités par l’augmentation
inéluctable des coûts de transport. Les aides publiques doivent être
dégressives en fonction de l’étendue du bassin d’approvisionnement des
nouvelles unités.
Depuis environ un siècle la
forêt française est globalement sous-exploitée. Un potentiel de développement
de la récolte existe principalement en forêt privée car en forêt publique les
contraintes financières qui pèsent sur l’ONF l’incitent déjà à une exploitation
maximale des forêts dont il a la gestion.
L’utilisation du bois comme
matériau noble et renouvelable doit être la priorité, y compris grâce aux
techniques d’utilisation des petits bois. L’utilisation comme bois énergie ne
doit être qu’un pis-aller.
Le bois est une ressource renouvelable
mais limitée. Il est dangereux de laisser croire qu’il pourrait être la source
d’énergie principale pour de grosses unités de production de chaleur ou
d’électricité. Les projets à privilégier par les pouvoirs publics sont ceux qui
combineraient un appoint au bois avec une autre énergie plus abondante (solaire
thermique ou géothermie).
12- Sols
13 – Faune
La faune fait partie intégrante
des écosystèmes forestiers et ne se limite évidemment pas à la « grande
faune». Les déséquilibres qui peuvent être constatés localement peuvent être la
conséquence de cycles naturels ( pullulations
d’insectes par exemple) mais sont souvent la conséquence des activités humaines
(restriction des espaces disponibles et éradication des prédateurs pour les
cervidés).
La chasse peut être un moyen de
régulation de certaines populations d’herbivores dans la mesure où les
prédateurs naturels ont été éliminés et où leur retour est difficile à faire
accepter par une partie des populations humaines. C’est également un moyen de se
fournir en protéines animales pas forcément plus condamnable moralement que
l’élevage en captivité d’espèces devenues domestiques.
Cette régulation doit être
appuyée sur des inventaires objectifs permettant de mettre en évidence que le
niveau de consommation de la régénération par les herbivores n’est pas
compatible avec le renouvellement du peuplement forestier.
14 – Gouvernance – approche
territoriale.
L’élaboration de chartes
forestières de territoire, permettent de mettre en cohérence les actions forestières
à une échelle pertinente d’un point de vue écologique et socio-économique va
plutôt dans le bon sens et pourrait être un pas vers une mutualisation de la
gestion forestière.
15 – Conditionnalité
Les aides publiques doivent être
réservées aux propriétaires ou collectivités certifiées.
16 – Valeur, monétarisation des
services rendus par la forêt.
Il est du rôle du gouvernement de fixer des
priorités budgétaires et de donner les moyens d’une gestion durable de la
forêt.
Les libéraux croient que la loi
du marché peut tenir lieu d’arbitrage entre les différentes fonctions ou
services rendus par les espaces naturels : il suffirait de leur attribuer
une valeur monétaire. Un peu sur le principe des quotas de carbone.
Outre la difficulté qu’il y
aurait à évaluer les valeurs marchandes respectives d’un ver de terre ou d’un
chêne pluri centenaire, d’une source ou d’un paysage, l’évolution de l’état de
la planète tant d’un point de vue environnemental que social laisse planer de
sérieux doutes sur les vertus de la marchandisation. Un hectare de forêt ne
peut pas être évalué avec la même unité qu’une voiture, un paquet de lessive ou
une place de cinéma.
Les associations doivent
affirmer que la biodiversité n’est pas une marchandise.
17 – risque incendie
18 – eau
19 – certification
Pas de certification au
rabais : le montant des cotisations doit permettre de rémunérer des
contrôles effectifs, les non conformités récurrentes doivent entraîner le
retrait de la certification. La création d’associations foncières doit
permettre aux petits propriétaires d’avoir accès à une certification: c’est aux
propriétaires de faire un effort pour accéder à la certification, pas à la
certification de s’adapter.
20 – Perspectives pour la
gestion des forêts publiques : continuité, transfert aux collectivités
locales, gestion privée.
Les forêts (
publiques et privées ) sont un bien commun de l’ensemble de la nation,
même si la propriété en est pour des raisons historiques déléguée à des
collectivités ou des personnes privées. Le Code Forestier limite de fait le
droit de propriété. C’est à l’Etat et à lui seul que doit revenir la mise en
oeuvre du régime forestier par l’intermédiaire d’un corps de fonctionnaires
dont le statut est (ou devrait être) un gage d’indépendance par rapports aux
pressions économiques out clientélistes des élus locaux. L’ONF est un
établissement public bâtard qui mélange des missions régaliennes (régime forestier, police de l’environnement)
et des activités de maîtrise d’œuvre, de bureau d’étude et d’entrepreneur de
travaux. Plusieurs rapports ont déjà pointé le mélange des genres qui
conduisent l’ONF à être à la fois le prescripteur, le réalisateur et le
contrôleur des travaux en forêt. Son mode de financement fortement dépendant
des ventes de bois et des marges réalisées sur les études et travaux le rend
tributaire des aléas économiques à cours terme, ce qui est incompatible avec la
gestion durable d’écosystèmes dont les cycles d’évolution se comptent au
minimum en dizaines d’années ou en siècles.
Beaucoup de personnels de l’ONF
sont cependant attachés à ce statut qui leur a souvent assuré des conditions de
rémunération et de fonctionnement plutôt meilleures que celles de leurs
collègues des services de l’Etat.
Le transfert d’une partie des
compétences de l’ONF aux régions ou aux structures porteuses des Chartes
Forestières de Territoire, sur le principe de subsidiarité, ne doit pas être
écarté à priori, mais c’est un sujet glissant dans un contexte de désengagement
de l’Etat sans réelle garantie de transfert de moyens financier ou de
compétences fiscales aux collectivités. La péréquation des moyens entre régions
« riches » et régions « pauvres » est aussi une mission de
l’Etat.
Le transfert de la gestion au
secteur privé n’est pas d’actualité. La forêt privée a déjà assez de mal à
s’organiser en dehors des régions de forte production.
Les documents d’aménagement
forestier doivent rester de la compétence du service public forestier malgré
les pressions de l’Europe libérale ( dans certains
pays c’est déjà des bureaux d’études privés qui rédigent les aménagements
forestier).