Association agréée pour la protection de
la nature
Monsieur le
Commissaire-Enquêteur,
Après étude du dossier,
nous faisons les remarques suivantes:
Sur la nécessité d'une zone de loisirs motorisés:
La dissémination
des nuisances, en particulier du bruit, est certainement plus dommageable pour
la tranquillité des êtres vivants que sa concentration sur un espace restreint.
Il nous semble que
cette activité nuit à l'image forte de Val d'Isère: la plus grande part du
public estival n'est pas intéressée par cette activité coûteuse et risque au
contraire d'être rebutée par les stations qui la tolèrent: quoi de plus
dérangeant, pour un citadin en vacances à la montagne, que les nuisances de la
circulation motorisée qu'il subit chez lui à longueur d'année?
Nous déplorons
d'autre part qu'au moment où les problèmes aigus de déstabilisation des climats
provoqués par l'effet de serre, lequel est dû en grande partie à la
consommation excessive de carburants fossiles, et où l'enchérissement et la
raréfaction des ces carburants ne peut que progresser, on encouragerait la
clientèle, en particulier les jeunes, à pratiquer des loisirs irresponsables.
Bien que la
finalité d'une station de montagne soit plus commerciale que civique, nous
demandons aux personnes en charge de décision une attitude très réfléchie.
"..un engin
motorisé rejetant bruits et odeurs est toujours une atteinte à l'autre, à
l'environnement naturel et humain..."
Sur l'étude d'impact:
Dans
l'exposé des motifs page 3, il est reconnu d'emblée que ce site, dédié à la
pratique des sports motorisés depuis 1981, subit des incidences fortes sur
l'environnement: "Le constat fait apparaître des incidences fortes sur
l'érosion du site et ses corollaires tant sur le paysage que sur le contexte
hydrographique (notamment les zones humides)".
Il est reconnu également que l'arrêté municipal est depuis de
nombreuses années non conforme à l'arrêté de 1977 modifié et à la loi du
3.1.1991.
Aucun état initial n'est envisageable car la zone est utilisée
depuis plus de 20 ans.
Présentation du site, page 5
Entre 2200 et 2800m d'altitude, 200ha;
la limite ouest de la zone, sur 1 km, se confond avec celle de la zone centrale
du Parc National de la Vanoise. Il convient d'y ajouter le chemin d'accès qui,
partant d'une altitude de 1800m, atteint l'entrée de la zone après plus de 4
km.
"Les zones périphériques sommitales
sont densément utilisées notamment au-dessus des 2 lacs de Borsat."
Caractéristiques des pistes, page 6
largeur 3 à 5m, surface 40ha, 16% du secteur (= surface pistes de ski)
les photos de cette page montrent de
façon crue le genre de divertissement proposé aux clients.
page 7
"circuit spécialement dédié aux
motos et aux quads, permet de mesurer, entre eux, leur rapidité"
on imagine très bien le bruit, la
poussière, les fumées d'hydrocarbures.
les photos et le texte décrivent très
bien les traces, les effets de l'érosion sur le petit lac et sur les pelouses
revégétalisées.
page 8
"un des faciès appréciés par les
conducteurs est le franchissement de bourbier"
la photo, éloquente, montre à quel point
il est fait peu de cas du respect des milieux naturels et d'une éthique de
l'utilisation de l'automobile.
page 9
les dévers: "accroissement des
phénomènes érosifs"
les
pratiques page 10
Une charte du randonneur 4x4 distribuée
aux utilisateurs reprend l'arrêté municipal qui limite la vitesse à 20km/h...qu'en est-il du "circuit
spécialement dédié aux motos et aux quads, (qui) permet de mesurer, entre eux,
leur rapidité" ??
Le nombre maximal de participants est
estimé à 100 véhicules, voire plus ("manifestations ponctuelles")
Pauvre montagne!
Pratiques
exceptionnelles, page
11
Salon du 4x4: la pérennité de ce salon, d'après
diverses déclarations de responsables de Val d'Isère, n'est pas assurée.
Armée de
terre: le représentant
du 7ème BCA, lors de la réunion de présentation de l'étude d'impact, a déclaré
que l'utilisation du site restera très occasionnelle.
pages 12, 13
contexte
géologique: le caractère érodable de la zone est souligné.
contexte
hydrologique: sept petits lacs dans le site d'étude, alimentés par des
ravines de taille variables, naturelles ou liées à l'utilisation du 4x4.
la carte fait
état de bas marais alcalins, qui peuvent sont le lieu d'une végétation
spécifique.
Végétation page 14
Parmi la flore
listée, on relève Silene suceica, plante protégée au niveau
régional,dont la destruction est interdite; le projet qui motive cette étude
est incompatible avec cette interdiction
. Les autres espèces relevées, nombreuses, dont l'edelweiss Leontopodium
alpinum, méritent aussi considération.
Faune page 19
L'étude ne
présente pas une liste complète de la faune présente; de nombreux passereaux
emblématiques du milieu montagnard vivent sur le site. Les espèces nichant au
sol, comme le pipit spioncelle, verront leurs nichées détruites par les engins
qui, comme nous l'avons constaté, traversent les pelouses malgré
l'interdiction, toute formelle, qui en faite.
La grenouille
rousse Rana temporaria est présente sur les petits lacs. Son statut
d'espèce protégée appelle la même incompatibilité avec le projet que
pour Silene suceica.
Les mammifères,
en particulier les rongeurs et leurs prédateurs, sont extrêmement dérangés dans
la zone par les activités qui s'y déroulent.
Contexte
agricole, page28
Nous voyons mal
la coexistence d'un troupeau de 600 moutons sans parc de contention, pouvant
déambuler librement, avec l'activité ludique motorisée. La pâture et
l'abreuvement du cheptel dans une zone souillée par les fumées et effluents
hydrocarburés n'est pas une bonne chose pour l'image paysanne de Val d'Isère.
Effets sur
les paysages, pages 33
à 41
Outre une visite
sur le site, la lecture du chapitre concernant les paysages devrait suffire à
faire prendre conscience combien ce projet est incompatible avec la sauvegarde
des paysages montagnards: l'impact visuel des pistes et traces d'engins
motorisés est très fort et se perçoit bien au-delà de la zone concernée.
La mitoyenneté
de la zone centrale du Parc de la Vanoise, le voisinage du sentier
international de grande randonnée GR5, les nombreux sentiers piétons autour et
à l'intérieur même de la zone 4x4 s'opposent au projet.
page 39
Des usagers ne
respectent pas les itinéraires prévus, appelés dans l'étude "ralliements
non conformes"
"les
abords des trois plan d'eau sont systématiquement dégradés"
"la zone
d'évolution n'est en rien délimitée et les engins passent partout où ils y
arrivent"
page 40
"certaines
traces escaladent résolument les petites bosses à la verticale, ce qui s'ajoute
aux dégradations périphériques. Cela s'avère très pénalisant pour ces paysages"
Pain de sucre
"traces
de tous types d'engins"
"aménagements fortement contradictoires avec l'intérêt du
site"
Zonages patrimoniaux, carte
Nous notons que
la zone 4x4 se trouve dans la zone périphérique du Parc National de la Vanoise
et est contiguë à ce parc sur 900m et à la ZNIEFF type 1 de la Combe du Santon.
Sur le
contexte humain, page
29
L'étude dit un
peu rapidement que "ce site est bien isolé de tout contexte
humain".
Une visite sur
place lundi matin 7 août 2006, ayant rencontré d'autres promeneurs à pieds,
nous a permis de constater que nous n'étions pas seuls. Les piétons, plus
nombreux, évoluant dans le secteur de Tovière et du GR 5 sont soumis aux
nuisances des véhicules circulant sur la zone et sur le chemin d'accès.
Synthèse des
"enjeux",
page 30
Cette page résume très bien les raisons
pour lesquelles ce projet doit être refusé.
Effets sur le
réseau hydrographique,
page 42
"comblement
progressif des zones humides et pièces d'eau...disparition progressive de la
flore hygrophile"
"maintien
d'une turbidité importante....vie biologique fortement réduite...la grenouille
rousse...pourrait bien en être la première victime"
Les engagements du pétitionnaire semblent
devoir être inefficaces en regard des nuisances produites:
Les
poussières, page 43
"réduction
de l'activité photosynthétique des plantes"
"ingestion
d'une partie de ces poussières par les moutons comme par la faune sauvage"
Synthèse des
disfonctionnements,
page 43
"dégradation
des paysages"
"érosion
marquée à l'origine d'une diminution de la qualité des zones humides"
"Les autre incidences sont moindres
(rejets, poussières, bruit) mais restent directement proportionnelles à la
fréquentation"...notons
que le nombre maximal de participants est estimé à 100 véhicules, voire plus ("manifes-tations
ponctuelles")
Cadrage de la pratique, pages 46,47,
On nous assure
que les activités auront lieu dans le cadre d'une pratique responsable (charte
signée par les participants)
"Les
moyens de maîtriser la fréquentation et de surveiller les pratiques" sont évoqués mais pas précisés:
"Le
gestionnaire devra patrouiller sur l'ensemble du site afin de rappeler les
pratiques autorisées"
Comment les
"patrouilleurs", sans moyens coercitifs, pourront faire respecter
cette charte? Cette zone, sous la surveillance d'un club local depuis plus de
20 ans, subit sans cesse des bavures
motorisées.
Opérations de
requalification, page
47
Ces opérations,
louables dans leur principe, n'empêcherons pas les excès inévitables dus à la présence
en grand nombre de toutes sortes d'engins: il est impossible de surveiller en
permanence une zone montagneuse de près de 200 ha dans laquelle peuvent se
trouver une centaine de véhicules motorisés ("150 véhicules maxi, hors
évène-ments"… page 44)
Sur la non
nécessité économique de cette zone,
Val d'Isère est
l'une des stations les plus rentables de France.
Le produit
financier de l'activité de loisirs motorisés est dérisoire par rapport aux
produits de la saison hivernale.
Sa fréquentation estivale, qui ne peut
qu'augmenter en raison du réchauffement climatique, a tout à perdre si elle ne
soigne pas son image montagne, c'est-à-dire l'air pur, le silence dans de
grands espaces protégés.
Elle a la responsabilité d'orienter son
public vers des activités saines et véritablement sportives, et non pas vers
des pratiques polluantes dépassées en raison de l'avenir incertain d'un mode de
vie trop mécanisé.
D'autre part, pour de fausses raisons de
concurrence, la reconnaissance officielle de cette zone pourrait inciter
d'autres stations montagnardes à créer des zones semblables dans leurs
domaines, ce qui livrerait de nombreuses vallées à ces pratiques
irresponsables.
Le circuit de
Val d'isère a des retombées négatives sur l'image de toute la montagne française.
On y craint partout les pétarades.....Il y 15 ans la montagne était la deuxième
destination des touristes français, elle est aujourd'hui la quatrième.
Pourquoi?
Pour toutes ces raisons, nous vous
demandons, Monsieur le Commissaire enquêteur, de donner un avis défavorable
à la régularisation de cette zone d'évolution d'engins motorisés.
Pour
Vivre en Tarentaise, le secrétaire, René
PINCK.
Ci-joint: lettre d'Alain Machet, Président de Vivre en Tarentaise, au
maire de Val d'Isère, au nom du collectif inter-associatif contre les pratiques
de loisirs motorisés dans les espaces naturels.