VIVRE EN TARENTAISE                                                                                                                    le  12 août 2006

Association agréée pour la protection de la nature

                                                                                                                                  

Monsieur le Commissaire-Enquêteur,

 

Après étude du dossier, nous faisons les remarques suivantes:

 

Sur la nécessité d'une zone de loisirs motorisés:

        

         La dissémination des nuisances, en particulier du bruit, est certainement plus dommageable pour la tranquillité des êtres vivants que sa concentration sur un espace restreint.

 

         Il nous semble que cette activité nuit à l'image forte de Val d'Isère: la plus grande part du public estival n'est pas intéressée par cette activité coûteuse et risque au contraire d'être rebutée par les stations qui la tolèrent: quoi de plus dérangeant, pour un citadin en vacances à la montagne, que les nuisances de la circulation motorisée qu'il subit chez lui à longueur d'année?

 

         Nous déplorons d'autre part qu'au moment où les problèmes aigus de déstabilisation des climats provoqués par l'effet de serre, lequel est dû en grande partie à la consommation excessive de carburants fossiles, et où l'enchérissement et la raréfaction des ces carburants ne peut que progresser, on encouragerait la clientèle, en particulier les jeunes, à pratiquer des loisirs irresponsables.

 

         Bien que la finalité d'une station de montagne soit plus commerciale que civique, nous demandons aux personnes en charge de décision une  attitude très réfléchie.

 

         "..un engin motorisé rejetant bruits et odeurs est toujours une atteinte à l'autre, à l'environnement naturel et humain..."

 

Sur l'étude d'impact:

 

         Dans l'exposé des motifs page 3, il est reconnu d'emblée que ce site, dédié à la pratique des sports motorisés depuis 1981, subit des incidences fortes sur l'environnement: "Le constat fait apparaître des incidences fortes sur l'érosion du site et ses corollaires tant sur le paysage que sur le contexte hydrographique (notamment les zones humides)".

Il est reconnu également que l'arrêté municipal est depuis de nombreuses années non conforme à l'arrêté de 1977 modifié et à la loi du 3.1.1991.

Aucun état initial n'est envisageable car la zone est utilisée depuis plus de 20 ans.

 

Présentation du site, page 5

Entre 2200 et 2800m d'altitude, 200ha; la limite ouest de la zone, sur 1 km, se confond avec celle de la zone centrale du Parc National de la Vanoise. Il convient d'y ajouter le chemin d'accès qui, partant d'une altitude de 1800m, atteint l'entrée de la zone après plus de 4 km.

"Les zones périphériques sommitales sont densément utilisées notamment au-dessus des 2 lacs de Borsat."

 

Caractéristiques des pistes, page 6

largeur 3 à 5m,  surface 40ha, 16% du  secteur (= surface pistes de ski)

les photos de cette page montrent de façon crue le genre de divertissement proposé aux clients.

page 7

"circuit spécialement dédié aux motos et aux quads, permet de mesurer, entre eux, leur rapidité"

on imagine très bien le bruit, la poussière, les fumées d'hydrocarbures.

les photos et le texte décrivent très bien les traces, les effets de l'érosion sur le petit lac et sur les pelouses revégétalisées.

page 8

"un des faciès appréciés par les conducteurs est le franchissement de bourbier"

la photo, éloquente, montre à quel point il est fait peu de cas du respect des milieux naturels et d'une éthique de l'utilisation de l'automobile.

page 9

 les dévers: "accroissement des phénomènes érosifs"

 

les pratiques page 10

Une charte du randonneur 4x4 distribuée aux utilisateurs reprend l'arrêté municipal qui limite la vitesse à 20km/h...qu'en est-il du "circuit spécialement dédié aux motos et aux quads, (qui) permet de mesurer, entre eux, leur rapidité" ??

Le nombre maximal de participants est estimé à 100 véhicules, voire plus ("manifestations ponctuelles")

Pauvre montagne!

                         

Pratiques exceptionnelles, page 11

Salon du 4x4: la pérennité de ce salon, d'après diverses déclarations de responsables de Val d'Isère, n'est pas assurée.

Armée de terre: le représentant du 7ème BCA, lors de la réunion de présentation de l'étude d'impact, a déclaré que l'utilisation du site restera très occasionnelle.

 

pages 12, 13

contexte géologique: le caractère érodable de la zone est souligné.

contexte hydrologique: sept petits lacs dans le site d'étude, alimentés par des ravines de taille variables, naturelles ou liées à l'utilisation du 4x4.

la carte fait état de bas marais alcalins, qui peuvent sont le lieu d'une végétation spécifique.

 

Végétation page 14

Parmi la flore listée, on relève Silene suceica, plante protégée au niveau régional,dont la destruction est interdite; le projet qui motive cette étude est  incompatible avec cette interdiction . Les autres espèces relevées, nombreuses, dont l'edelweiss Leontopodium alpinum, méritent aussi considération.

 

Faune page 19

L'étude ne présente pas une liste complète de la faune présente; de nombreux passereaux emblématiques du milieu montagnard vivent sur le site. Les espèces nichant au sol, comme le pipit spioncelle, verront leurs nichées détruites par les engins qui, comme nous l'avons constaté, traversent les pelouses malgré l'interdiction, toute formelle, qui en faite.

La grenouille rousse Rana temporaria est présente sur les petits lacs. Son statut d'espèce protégée appelle la même incompatibilité avec le projet que pour Silene suceica.

Les mammifères, en particulier les rongeurs et leurs prédateurs, sont extrêmement dérangés dans la zone par les activités qui s'y déroulent.

 

Contexte agricole, page28

Nous voyons mal la coexistence d'un troupeau de 600 moutons sans parc de contention, pouvant déambuler librement, avec l'activité ludique motorisée. La pâture et l'abreuvement du cheptel dans une zone souillée par les fumées et effluents hydrocarburés n'est pas une bonne chose pour l'image paysanne de Val d'Isère.

 

Effets sur les paysages, pages 33 à 41

Outre une visite sur le site, la lecture du chapitre concernant les paysages devrait suffire à faire prendre conscience combien ce projet est incompatible avec la sauvegarde des paysages montagnards: l'impact visuel des pistes et traces d'engins motorisés est très fort et se perçoit bien au-delà de la zone concernée.

La mitoyenneté de la zone centrale du Parc de la Vanoise, le voisinage du sentier international de grande randonnée GR5, les nombreux sentiers piétons autour et à l'intérieur même de la zone 4x4 s'opposent au projet.

page 39

Des usagers ne respectent pas les itinéraires prévus, appelés dans l'étude "ralliements non conformes"

"les abords des trois plan d'eau sont systématiquement dégradés"

"la zone d'évolution n'est en rien délimitée et les engins passent partout où ils y arrivent"

page 40

"certaines traces escaladent résolument les petites bosses à la verticale, ce qui s'ajoute aux dégradations périphériques. Cela s'avère très pénalisant pour ces paysages"

Pain de sucre

"traces de tous types d'engins"

"aménagements fortement contradictoires avec l'intérêt du site"

 

Zonages patrimoniaux, carte

Nous notons que la zone 4x4 se trouve dans la zone périphérique du Parc National de la Vanoise et est contiguë à ce parc sur 900m et à la ZNIEFF type 1 de la Combe du Santon.

 

Sur le contexte humain, page 29

L'étude dit un peu rapidement que "ce site est bien isolé de tout contexte humain".

Une visite sur place lundi matin 7 août 2006, ayant rencontré d'autres promeneurs à pieds, nous a permis de constater que nous n'étions pas seuls. Les piétons, plus nombreux, évoluant dans le secteur de Tovière et du GR 5 sont soumis aux nuisances des véhicules circulant sur la zone et sur le chemin d'accès.

 

Synthèse des "enjeux", page 30

Cette page résume très bien les raisons pour lesquelles ce projet doit être refusé.

 

Effets sur le réseau hydrographique, page 42

"comblement progressif des zones humides et pièces d'eau...disparition progressive de la flore hygrophile"

"maintien d'une turbidité importante....vie biologique fortement réduite...la grenouille rousse...pourrait bien en être la première victime"

 Les engagements du pétitionnaire semblent devoir être inefficaces en regard des nuisances produites:

 

Les poussières, page 43

"réduction de l'activité photosynthétique des plantes"

"ingestion d'une partie de ces poussières par les moutons comme par la faune sauvage"

 

Synthèse des disfonctionnements, page 43

"dégradation des paysages"

"érosion marquée à l'origine d'une diminution de la qualité des zones humides"

"Les autre incidences sont moindres (rejets, poussières, bruit) mais restent directement proportionnelles à la fréquentation"...notons que le nombre maximal de participants est estimé à 100 véhicules, voire plus ("manifes-tations ponctuelles")

 

Cadrage de la pratique, pages 46,47,

On nous assure que les activités auront lieu dans le cadre d'une pratique responsable (charte signée par les participants)

"Les moyens de maîtriser la fréquentation et de surveiller les pratiques" sont évoqués mais pas précisés:

"Le gestionnaire devra patrouiller sur l'ensemble du site afin de rappeler les pratiques autorisées"

Comment les "patrouilleurs", sans moyens coercitifs, pourront faire respecter cette charte? Cette zone, sous la surveillance d'un club local depuis plus de 20 ans, subit sans cesse des  bavures motorisées.

 

Opérations de requalification, page 47

Ces opérations, louables dans leur principe, n'empêcherons pas les excès inévitables dus à la présence en grand nombre de toutes sortes d'engins: il est impossible de surveiller en permanence une zone montagneuse de près de 200 ha dans laquelle peuvent se trouver une centaine de véhicules motorisés ("150 véhicules maxi, hors évène-ments"… page 44)

 

Sur la non nécessité économique de cette zone,

Val d'Isère est l'une des stations les plus rentables de France.

Le produit financier de l'activité de loisirs motorisés est dérisoire par rapport aux produits de la saison hivernale.

Sa fréquentation estivale, qui ne peut qu'augmenter en raison du réchauffement climatique, a tout à perdre si elle ne soigne pas son image montagne, c'est-à-dire l'air pur, le silence dans de grands espaces protégés.

Elle a la responsabilité d'orienter son public vers des activités saines et véritablement sportives, et non pas vers des pratiques polluantes dépassées en raison de l'avenir incertain d'un mode de vie trop mécanisé.

 

D'autre part, pour de fausses raisons de concurrence, la reconnaissance officielle de cette zone pourrait inciter d'autres stations montagnardes à créer des zones semblables dans leurs domaines, ce qui livrerait de nombreuses vallées à ces pratiques irresponsables.

 

Le circuit de Val d'isère a des retombées négatives sur l'image de toute la montagne française. On y craint partout les pétarades.....Il y 15 ans la montagne était la deuxième destination des touristes français, elle est aujourd'hui la quatrième. Pourquoi?

 

Pour toutes ces raisons, nous vous demandons, Monsieur le Commissaire enquêteur, de donner un avis défavorable à la régularisation de cette zone d'évolution d'engins motorisés.

 

 

Pour Vivre en Tarentaise,  le secrétaire, René PINCK.

 

 

Ci-joint:   lettre d'Alain Machet, Président de Vivre en Tarentaise, au maire de Val d'Isère, au nom du collectif inter-associatif contre les pratiques de loisirs motorisés dans les espaces naturels.