Développement durable ou gestion durable ?

 


L’expression « développement durable est à la mode. Tant mieux car elle sous entend un meilleur respect de l’environnement et des ressources naturelles. Cependant, les deux mots de cette expression s’opposent : tout développement d’activité entraîne de nouvelles « pollutions ». Dans l’absolu, le développement ne peut être complètement respectueux de notre écosystème. On sait bien que le mode de vie de notre civilisation occidentale ne pourra être étendu à l’ensemble de la planète, sous peine d’épuiser rapidement les ressources de notre bonne vieille Terre. Les pays « développés » devraient donc se diriger vers un fonctionnement beaucoup plus économe en ressources naturelles et en énergie. C’est pourquoi, VET préfèrerait le terme de gestion durable. Les espoirs fondés sur la « croissance » par  nos économistes (toutes tendances politiques confondues ou presque…) sont inquiétants. N’est ce pas vers une gestion plus raisonnable des ressources et plus équitable des revenus qu’il faudrait se diriger ?

Mais revenons à la Tarentaise. Prend-elle le chemin du développement durable ?


 


De gros aménagements routiers sont en cours ou en projet : déviation de Centron et délestage de Bourg Saint Maurice. Il s’agit d’améliorer la sécurité et de favoriser la fluidification du trafic. Il va de soi que VET partage ces objectifs, mais cette fluidification sera-t-elle durable, respectueuse de l’environnement et des paysages de Tarentaise ? Il est clair que ce qui se déroule à Centron actuellement ne va pas dans le sens du respect de nos sites. Certes, le passage en tunnel posait des problèmes d’entretien, mais au fond c’est plutôt des raisons de coût qui ont conduit au tracé actuel. Qu’en sera-t-il à Bourg Saint Maurice ? Vivre en tarentaise aurait préféré que le site du canoë Kayak soit préservé d’un rond point à forte densité de circulation. Il semble que cela ne sera pas le cas même si ce « giratoire » sera paysagé. Ce haut lieu sportif, fréquenté l’été par des centaines de piétons et de cyclistes jouxtera une voie très fréquentée. L’hiver lors des embouteillages, de nombreux véhicules emprunteront la petite route reliant Hauteville à Landry. Cette voie connaîtra à son tour la paralysie et les habitants concernés resteront terrés chez eux en regardant passer les bolides sur les ralentisseurs. Il aurait bien sûr été préférable de réaliser une tranchée couverte sur quelques centaines de mètres pour éviter tous ces effets néfastes. Là encore le coût a peut être joué un rôle déterminant, mais aucune raison ne nous a été fournie pour écarter cette option qui avait retenu l’attention de beaucoup d’élus. A l’évidence, sur le long terme, la Tarentaise aura sacrifié une partie de son patrimoine paysager et sportif.


 


Tous les travaux menés visent à une meilleure sécurité pour le trafic, mais certains rêvent aussi, d’une plus grande fluidité. Il n’est pas certain loin de là que cela soit possible. En attendant, un nombre important de stations souhaitent construire de nouveaux lits. Chacune avance de bonnes raisons : on a encore des droits à construire, on va créer des emplois, on n’a pas encore atteint la taille critique, il faut rentabiliser nos investissements….Mais, si chaque station construit encore 1000 ou 2000 lits supplémentaires, c’est l’équivalent d’une grande, voire d’une très grande station que l’on va construire…Et les travaux routiers entrepris n’auront pas l’effet escompté. Il est vrai que ces nouveaux lits viendront souvent en  remplacer d’autres qui ont du mal à trouver preneur…Il aurait été plus judicieux  de rénover l’existant en améliorant parallèlement l’architecture et la fonctionnalité. (Penser au tri sélectif aux accès…). Beaucoup de personnes s’inquiètent de ce transfert de clientèle des logements anciens vers ceux des « stations villages ». Les outils juridiques, administratifs ou financiers n’existent peut être pas pour peser sur cet aspect des choses, mais alors il faut agir d’urgence ! En attendant le bétonnage continue…Qui aura le courage de dire stop ? On arrête !


 


En matière de transport, notre vallée dispose d’une voie ferrée. Avons-nous fait le bon choix en 1992 en ne doublant pas la vois ferrée ? Que fait-on pour, décourager l’accès à la Tarentaise en voiture et encourager les liaisons en bus avec les grandes cités françaises ? Pourquoi une partie des livraisons n’emprunte-t- telle pas le rail ? Les déchets triés en haute Tarentaise sont évacués sur Albertville par camion. Pourquoi pas par des wagons ? N’est-il pas temps de réfléchir de nouveau au rôle du rail en Tarentaise ?


 


Nos stations font de gros efforts pour diversifier leur clientèle et c’est bien. Bravo ! Mais cette clientèle change  sans arrêt et réclame aussi des séjours plus courts et des locations qui ne s’étendent  pas obligatoirement du samedi au samedi. Nos usines à ski doivent répondre collectivement à cette demande. Elles doivent aussi réfléchir à un avenir avec moins de neige pour cause de réchauffement climatique. Qui peut nier désormais que l’effet de serre est bien réel ? Il faudra bien diversifier les activités proposées à nos visiteurs…Beaucoup cherchent une réponse à court terme dans les canons à neige. Certaines stations envisagent de couvrir 60% de leur domaine skiable en  neige de « culture ». Mais, attention la Tarentaise doit aussi préserver sa ressource en eau. La France est déjà largement touchée par la pollution  des nappes phréatiques  par les nitrates (Beauce et Bretagne). La Tarentaise connaît encore des problèmes d’épandage de lisiers. De gros efforts ont été faits par certains agriculteurs, c’est vrai, mais il reste des secteurs préoccupants. De nombreuses communes ne sont toujours pas pourvues de stations d’épuration. Parmi elles, on trouve Pralognan, Champagny , Sainte Foy. Certaines stations d’épuration sont saturées : Bozel-Courchevel, Bellentre (Landry Peisey Montchavin les Coches…). La commune de Bourg envisage de capter une source de qualité sur la route des Chapieux  pour alimenter le fameux village canadien d’Arc 2000. C’est dommage car cette source permet à une souche locale de poissons de se maintenir dans ce cours d’eau. (Un endroit pratiquement unique en Savoie…) Ces poissons qui appartiennent au patrimoine de l’humanité seront-ils sacrifiés pour que nos amis canadiens puissent profiter d’un bon bain au retour du ski ? Les canons à neige, les motos neige, les dameuses sont lubrifiés. Certains canons contiennent des bactéries inactivées. Quels seront les effets à long terme sur la qualité de notre eau de boisson ?


 


Parallèlement, le tourisme d’été régresse. Mais, est ce qu’il est agréable de se promener sous des pylônes, de séjourner dans des villages à l’architecture qui se banalise ou bien encore de parcourir des pâturages en déprise ? Le silence est-il au rendez vous ? Le calme ne fait-il pas partie des qualités essentielles d’un séjour dans notre vallée ? Pourtant, il devient difficile, d’échapper aux pétarades d’une petite minorité…

Que fait la Tarentaise pour protéger son capital nature ? Elle a déjà « donné » diront certains en acceptant la création du Parc national de la vanoise. Mais, est une raison valable pour refuser de mieux  gérer des secteurs où des espèces végétales d’intérêt européen ont été inventoriées? Pourquoi ce refus systématique de Natura 2000 ?


 


En fond de vallée et autour ces villages, la course au terrain constructible continue. Les mises à jour des PLU (Ex POS) se succèdent. Souhaitons, que nos amis agriculteurs ne soient pas oubliés. Ce sont eux qui entretiennent nos paysages, qui attirent tant de visiteurs. Mais pour travailler dans de bonnes conditions, il leur faut des prés de fauche….S’il faut urbaniser davantage, il faudrait le faire de préférence dans les zones agricoles en déprise, c'est-à-dire sur les coteaux pentus…Les communes devraient également favoriser davantage la réorganisation des parcelles agricoles pour simplifier leur exploitation.

De nombreuses parcelles sur les coteaux sont en voie d’abandon, souvent à cause des problèmes d’accès. Il paraît souhaitable de réaliser ces accès, en les limitant strictement aux agriculteurs. Les coteaux de nouveau pâturés, libéreraient des surfaces de fauche en vallée, permettant ainsi d’aller vers une meilleure autonomie fourragère.

Dans le domaine de l’énergie, notre vallée pourrait innover. La forêt  se développe, mais la filière bois progresse peu. On continue de construire de gros ensembles sans envisager de chaufferie au bois. Par exemple, pourquoi le futur lycée de Bourg ne serait-il pas chauffé de cette façon ? Combien de pompes au GPL compte la Tarentaise ? Deux ou trois….Qui se soucie d’économiser l’énergie électrique, par exemple dans l’éclairage public ? Dans ce domaine, il y a un potentiel d’économie de 50% sur la plupart des communes….Est-il bien nécessaire d’éclairer certains sommets ???



Vivre en Tarentaise souhaite une évolution de l’activité touristique dans la vallée. Cette évolution passe par une meilleure gestion de notre patrimoine au sens large. Différentes réflexions à plusieurs niveaux (Etat et Conseil général) connaissent une pause depuis les dernières élections. Pourtant des élus de toutes tendances politiques y participaient. Vivre en Tarentaise  a pris sa part dans ces travaux surtout en matière de valorisation du patrimoine local : vignes, vergers, flore faune, géologie, artisanat….Notre association espère que des mesures concrètes seront prises. Collectivement, de nombreux élus retiennent au moins en partie nos craintes et nos arguments. Mais, chacun réclame une exception pour son cas particulier. Vivre en Tarentaise espère également qu’à travers l’intercommunalité, on réfléchisse à la mise en place d’une véritable solidarité intercommunale qui permette aux petites communes d’entretenir  et de valoriser leur territoire. Dans l’ensemble, on vit bien en Tarentaise, c’est vrai !


 

A nous de faire en sorte que cela dure…..

 

Alain Machet , décembre 2002