Vivre en Tarentaise et le projet de déviation de Bourg Saint-Maurice

Il y a déjà pas mal de temps, quelques conseillers municipaux de Bourg Saint- Maurice avaient sollicité un avis de notre part concernant le projet de déviation. Ces personnes ont sans doute été déçues devant l'absence de position tranchée de notre association vis à vis des travaux envisagés. Le cas de Centron avait pu mobiliser notre énergie car des solutions alternatives crédibles existaient. Elles n'ont pas été retenues essentiellement pour des raisons financières…..Aussi, c'est sans illusion que nous exprimons ces quelques réflexions.

Cette déviation est-elle nécessaire ?

Il faut bien admettre que la vie des seerains et des borains durant la période hivernale est paralysée par un flot continu de véhicules. Cette cohorte motorisée gêne considérablement les déplacements de la population locale et génère une pollution atmosphérique qui fait que l'air du fond de vallée, durant les week-ends de forte migration, tend à avoir le même parfum que celui des grandes villes. Ces considérations évidentes ajoutées au désagrément éprouvé par les touristes qui doivent faire preuve d'une grande patience pour profiter de nos stations plaident en faveur d'une dérivation du trafic routier en dehors des agglomérations concernées.

Quels seront les impacts du tracé retenu ?

Notre association ne verra pas d'un œil réjoui une partie des pâturages de Séez se couvrir d'un ruban de bitume. Elle ne se félicitera pas non plus de voir le bassin de compensation longé par une route à fort trafic, franchi par plusieurs ouvrages en béton. Ce bassin, qui est le résultat de l'action de l'homme sur le paysage fait désormais partie du patrimoine local. Il est clair que le secteur Est du bassin, perdra tout intérêt pour les promeneurs. Les risques de pollution accidentelle ne seront pas négligeables. Il y a quelques années un camion d'hydrocarbures s'était couché sur la déviation d'Aime. Le contenu du camion s'était rapidement infiltré dans le sol.. A quand une marée noire sur les marais de Bourg ? (Ah! ces extrémistes de VeT).

La population locale utilise déjà, entre le pont des Raves et Malgovert, une partie de l'itinéraire futur de la déviation. Si nous avons bien compris, il est question de maintenir une voie destinée aux locaux entre le pont des Raves et celui de Montrigon. Cela nous paraît indispensable, de la même façon, il faudrait penser au centre de vacances de Renouveau et au quartier de la Régence. Ce secteur ne devrait-il pas bénéficier lui aussi d'une voie " réservée " ?

D'autre part, la commune de Bourg saint Maurice a dépensé beaucoup d'argent pour transformer le lit de l'Isère en stade aquatique. Cet aménagement, discutable du point de vue environnemental, a des conséquences publicitaires et économiques probablement importantes pour la commune. Il est permis de s'interroger sur le devenir du secteur lorsque un rond-point et une route très passagère auront été réalisés à proximité immédiate de ce site très fréquenté. Quels seront l'ambiance, le caractère, le niveau sonore, la qualité de l'air au pont des Raves d'ici quelques années ?

De plus, il est probable qu'une partie importante du flux de véhicules sera tenté de fuir les embouteillages prévisibles en passant par Hauteville et Landry. La route en question n'étant pas faite pour absorber un fort trafic sera bouchée à son tour et le fond de vallée sera alors complètement bloqué….La déviation future passera donc par les Chapelles et Granier…

Faut-il obliger les personnes se rendant ou provenant des Arcs à traverser l'agglomération ?

Sur ce point, l'association VET sera claire. Il n'est ni normal, ni nécessaire de rendre la traversée de Bourg obligatoire. Si par hasard, la circulation en ville devait redevenir un peu plus fluide , il est évident que de nombreuses personnes prendraient le temps de s'y arrêter et de faire des emplettes ou une pause casse-croûte. La taille de la cité, ses nombreux commerces, services, hypermarchés, resteront de toute façon attractifs pour un grand nombre de personnes. Il paraît que l'on ne fait pas boire un âne qui n'a pas soif….

Le délestage sera t-il efficace ? Il semble que cela soit la question fondamentale ….

En effet, la RN 90 est embouteillée. Cela tient d'après la DDE à la capacité de la 2X2 voies Moutiers-Albertville qui est limitée. A Moutiers, les flux provenant des trois vallées et de Haute-Tarentaise se rejoignent, créant à l'évidence un ralentissement. A Aime, le même phénomène se produit avec le confluent La Plagne-Haute Tarentaise… D'après les services de la DDE, les bouchons de Tarentaise sont inéluctables et il ne semble pas que les travaux envisagés pour la sécurité puissent favoriser beaucoup la fluidité du trafic routier.

On peut donc craindre que le bouchon de Bourg ne soit transporté à l'extérieur de l'agglomération dans un premier temps, car l'écoulement en aval s'avérera de toute façon impossible. Le déplacement sur la déviation devenant impossible, les touristes tenteront à l'évidence de traverser Bourg pour éviter une partie du ralentissement. On aura alors stocké les voitures sur une plus grande surface, mais pour quel profit ?

Alors que faire ?

Il est clair que le projet retenu aujourd'hui va coûter cher et durant longtemps. Il est donc probable qu'une tranchée couverte à travers les pâturages de Séez, à travers Bourg Saint- Maurice, en bordure du Bassin de Montrigon ou encore des carrefours dénivellés ne seraient pas retenus pour cause de financement impossible…Toutes ces variantes ont-elles été chiffrées ?

Alors, qu'est-ce qui est possible ?

Il nous apparaît prioritaire de travailler sur l'étalement des départs et des arrivées en station. Certes, " on " en parle depuis longtemps, c'est le serpent de mer, etc…Mais sa mise en place est aujourd'hui une nécessité pour fluidifier le trafic routier. Il suffirait pour cela de déplacer 15% des départs et arrivées. Est-ce vraiment si difficile ? La mise en place des 35 heures a créé et va encore créer de nouveaux comportements touristiques. Il y a une demande pour des séjours décalés et il y a aussi une demande pour des séjours plus courts. Les hébergeurs sont très réticents, mais il faut les convaincre qu'une nouvelle clientèle est à leur portée à condition de faire preuve d'un peu de souplesse dans les locations. Cela permettrait aussi de créer de nouveaux emplois en répartissant mieux les tâches d'accueil, d'entretien, de ménage, de location …Une action concertée de tous les " acteurs " de la vallée dans ce domaine est nécessaire. VET est prête à en prendre une petite part. Elle a d'ailleurs constitué récemment un petit groupe de travail sur ce thème.

Par ailleurs, la voie ferrée est-elle utilisée au maximum ? Ne devrait-on pas proposer également des liaisons directes en bus entre les grandes villes de France et nos stations ?

Enfin, si cette déviation doit se faire, autant essayer de la faire le moins mal possible.

Alors, dans cette optique, nous suggérerons :

1°) Que l'on n'oblige pas le trafic lié aux Arcs à traverser Bourg.

2°) Que le délestage ne permette pas matériellement la fuite vers Hauteville et Landry.

3°) Que dans le secteur du pont des Raves, on réalise une tranchée couverte pour maintenir un certain calme dans ce secteur très fréquenté.

4°) Que l'accès à Renouveau et au quartier de la Régence s'effectue par une route séparée.

5°) Que l'on ménage un espace pour une voie cyclable entre Séez et Bourg. Cela semble être prévu.

6°) Que l'on masque au maximum la nouvelle voie par un rideau d'arbres.

7°) Que l'on adapte le règlement local de publicité de façon à éviter des rangées de panneaux publicitaires souillant le paysage.

 

En conclusion, nous espérons que ce projet d'aménagement, amènera les élus à réfléchir sur l'avenir de cette vallée. Faut-il encore développer nos stations ? Est-il bien judicieux de construire de nouveaux lits à Arc 2000 par exemple? La commune de Bourg Saint- Maurice, se réjouit à juste titre des emplois, et de la manne financière liée à la création du village canadien. Mais cette nouvelle urbanisation ne va t-elle pas contribuer à aggraver les embouteillages de la RN90. Un peu plus un peu moins…Et puis " les autres " ont utilisé tous leurs droits à construire…La concurrence inter-stations est encore à l'œuvre. Mais la plus grande sera t-elle la meilleure ?

Vivre en Tarentaise est persuadée que la gestion de la vallée ne peut plus s'effectuer commune par commune. L'intercommunalité est nécessaire, et il faudra y associer d'autres acteurs de la vallée.

Les dossiers qui devraient être abordés à l'échelle de la Tarentaise sont très nombreux : les déchets, les eaux usées, les transports, la politique en matière de tourisme et de patrimoine, les flux routiers, l'architecture, l'agriculture, l'urbanisation….

Au nom de l'association : le président Alain Machet

 

Vivre en Tarentaise Le Villaret 73550 Les Allues. Le 11.02.2002