Délestage de Bourg Saint Maurice.
Déposition de l’Association Vivre en Tarentaise à l’enquête
publique.
Le délestage a pour but de
supprimer les bouchons, d’améliorer la fluidité du trafic local et de
transit, d’aboutir à un progrès de la qualité de vie des habitants, par une
baisse des nuisances, de sécuriser et de faciliter les déplacements des
habitants, de participer au développent local, d’améliorer le paysage des communes,
en soignant l’aspect des espaces de loisir et de sports de long de l’Isère.
Le délestage sera-t-il
durable ?
La lecture du dossier D intitulé
« étude d’impact » et comprenant 200 pages, est une bonne
introduction aux différents problèmes
qui se posent désormais à la Tarentaise. L’urbanisation touristique intense des
vingt dernières années s’est accompagnée d’un flux et d’un reflux d’automobiles
chaque week-end. Jusqu’à présent, la plupart des responsables communaux se sont
refusés à envisager la fin de la croissance touristique. Les directeurs de
station et les tours opérateurs, rechignent à étaler les départs et arrivées en
station. Le tableau page 59, est très clair, le dimanche le trafic est
inférieur de 10% à ce qu’il est en semaine, alors que le samedi il dépasse de
30% cette valeur. Depuis longtemps déjà, la Tarentaise s’évertue à élargir ses
routes dans l’espoir de voir disparaître les bouchons saisonniers. Beaucoup
d’argent a été dépensé dans ce but. Il le fallait sans doute, mais à chaque
projet le caractère de la vallée se dégrade : voir la déviation de
Centron. Page 59, on apprend que la commune de Montvalezan envisage de
construire encore 4000 lits alors que
3000lits sont en cours de réalisation aux Arcs et que par ailleurs, ce site
dispose toujours d’un portefeuille de quelques milliers de lits. Sainte Foy
souhaite poursuivre sa
croissance….Vallandry, Peisey, les Coches, Montchavin vont tenter de suivre le
même chemin.
Il y a un bouchon à travers Bourg
et Seez du fait des différents carrefours, et de la circulation locale, etc.. Mais, il arrive souvent que ce bouchon s’étende
continûment d’Albertville à Seez. Les travaux en cours à Centron n’y changeront
sans doute pas grand-chose car la voie Moutiers Albertville est désormais
saturée.
Il paraît donc souhaitable que
nos élus, et nos responsables administratifs, fassent preuve de raison et
abandonnent toute velléité d’agrandissement
pendant qu’il en est encore temps. Il semble indispensable également de repenser
courageusement l’acheminement des touristes en Tarentaise : étalement des
séjours, transports en bus vers les grandes villes. N’est-il pas encore
possible de doubler la voie ferrée au moins sur certains tronçons ? La
Tarentaise ne sera-t-elle pas la première victime de l’effet de serre ?
La gestion commune par commune de l’espace Tarentaise n’est-elle pas
dépassée ? La course à la station la « plus grosse »n’est-elle
pas suicidaire pour l’ensemble de la vallée. Faut-il
« consommer »tous ses « droits à construire », sous
prétexte que le concurrent en a fait autant ? Les projections de
circulation sur la RN 90 pour 2030 devraient inquiéter nos gestionnaires et les
conduire à repenser leurs projets de développement. Ces quelques remarques
préalables seront sans doute considérées
comme hors sujet par rapport au projet envisagé. Mais, elles s’imposent à
l’évidence à tout lecteur attentif des 200 pages du document évoqué plus haut.
Que penser du projet
proposé ?
Il s’inscrit dans un contexte où
règnent différents conflits d’intérêts.
Celui de la population demeurant
au centre ville espérant gagner en qualité de vie (Espoir relatif car seulement
- 45% de trafic envisagé) et celui des habitants des quartier périphériques (La
régence, La Chaudanne, les Colombières,
partie avale de Seez) qui hériteront en partie des nuisances.
Celui des commerçants qui craignent de perdre des
clients et exigent des carrefours et
celui des touristes qui souhaitent rentrer chez eux sans qu’on leur impose de
traverser la cité.
Celui de l’agriculture locale qui
perdra de toute façon et encore des
surfaces de fauche.
Souci des environnementalistes,
des pêcheurs, des piétons, des cyclistes, des amateurs de sports d’eaux vives
qui verront avec regrets, le Pont des Raves, les bords de l’Isère et du bassin
de compensation longés par une route bruyante. Les mêmes personnes observeront
les émanations atmosphériques se déplacer du centre vers la périphérie et les
cours d’eaux. Le milieu aquatique pourra commencer son lent mais sûr processus
de bio- accumulation des métaux lourds.
Crainte de la population locale
qui regrettera vivement de voir disparaître la possibilité de circuler
indépendamment du flot touristique entre Seez et Landry.
Le contexte local comprend
aussi :
Une politique communale peut être
imprudente en matière d’urbanisme, dans la mesure ou il semble désormais
difficile d’implanter une déviation sans infliger des nuisances à des personnes
qui avaient recherché le calme loin du centre ville…..
Une évolution des intentions de la DDE dans le choix du
tracé qui devait autrefois passer à proximité d’Orbassy et le long de la zone
artisanale des Colombières. Fallait-il laisser construire des logements dans
cette zone ( Par ailleurs menacée de risques
hydrauliques importants)?
La bordure de l’Isère est un lieu
très fréquenté entre le Pont de Montrigon et en aval du Pont des Raves. La
commune de Bourg a dépensé beaucoup d’argent pour faire de la haute Isère un
site international de sports d’eaux vives (avec des retombées économiques à la
clef).
Différents points du projet ne peuvent pas être acceptés en l’état :
La population de la Régence se
voit imposer un bouleversement de son environnement paysager et sonore.
Le secteur du pont des Raves est
affublé d’un rond point monstrueux qui aura pour conséquence de faire fuir
cyclistes, piétons et pêcheurs.
Le bassin de compensation perdra
tout intérêt pour les mêmes personnes.
Le long de l’Isère, la collecte
par des fossés enherbés et déversant régulièrement dans le cours d’eau ne nous
paraît pas acceptable par le milieu aquatique.
D’autre part, les différents
tableaux relatifs à l’évolution de la circulation laissent penser que
l’amélioration au centre ville, ne sera que relative. Le bouchon en aval de
Bourg n’ayant que peu de chance de se résorber, il se prolongera probablement
sur le futur délestage, entraînant un retour des véhicules à travers les deux
communes « délestées ». Enfin, si amélioration il y a, elle sera de
brève durée compte tenu des intentions immobilières des responsables de
stations…
Aussi, il nous paraît sage de
prendre son temps avant de prendre des décisions dont les conséquences
seront irréparables pour notre patrimoine et la qualité de vie locale. Vivre en
Tarentaise propose donc que l’on reprenne les études pour approfondir les
points suivants :
1°) Le tracé à partir du hameau
du Verney ne fait l’objet d’aucune présentation détaillée. Il semble avoir été
écarté pour des motifs paysagers et financiers. Mais le surcoût indiqué dans le
dossier ne correspond qu’à 14% du budget du projet. Aucune simulation paysagère
n’est présentée permettant de comparer avec l’itinéraire par la Chaudanne. La
surface agricole consommée n’est pas forcément très significative compte tenu
de l’état d’une partie des terrains en
amont d’Orbassy.
2°) Des tracés alternatifs au nord
de la Régence ont été envisagés. Ils ont reçu un avis négatif du RTM (page 72,
variante 1.5 et 1.6).Est-il vraiment impossible de répondre aux craintes du
RTM ? Par exemple par un passage enterré sous l’Arbonne ? Ce tracé
plus court aurait l’avantage d’épargner la base de canoë et une partie des
berges de l’Isère. Le patrimoine local serait donc beaucoup moins atteint. Le schéma proposé
page 71 est trop petit pour permettre de se faire une idée exacte des itinéraires
envisagés. On peut craindre là aussi un impact fort sur différentes
habitations. Il pourrait justifier un tronçon en tranchée couverte. A moins que
l’on accepte l’idée de « déplacer » quelques maisons…En estimant le
coût de trois maisons à 1M€, cela représenterait 5% du coût de l’opération
totale. Il est clair que cela serait très difficile pour les personnes
concernées.
3°) Dans le cas où
l’itinéraire proposé serait maintenu :
Il faudrait tenir compte du fait
que les habitants d’Hauteville et de Landry ne souhaitent pas bénéficier du
délestage. En clair, il n’est pas nécessaire d’envisager une sortie pour
desservir ces destinations à partir du délestage. Un simple passage dénivelé
permettant le croisement des deux voies serait suffisant. Le Conseil général a
bien compris le problème, puisqu’il
envisage de fermer les jours de pointe l’accès vers Hauteville, pour
éviter un délestage bis par Landry lors des embouteillages prévisibles de la RN
90... D’où le passage à petit gabarit prévu pour la circulation locale sous le
délestage. La base de canoë et la zone artisanale des Colombières ne génèrent
pas une circulation nécessitant un accès
à la voie rapide. C’est pourquoi, une tranchée couverte permettrait de
réduire l’impact du passage de la voie sur le site du Pont des Raves. Cette
possibilité importante mériterait chiffrage, étude et simulation paysagère.
On ne trouve pas trace des
dimensions exactes des différents ouvrages de protection phonique envisagés
pour réduire la pollution sonore.
Le carrefour de Montrigon est-il
indispensable ? L’accès à Bourg pouvant se faire par La Chaudanne, ou par
l’échangeur de Malgovert ? Un simple pont permettrait à la route de
Montrigon de franchir le délestage.
Pour la récupération des
pollutions générées par la circulation dans les fossés en bordure de cours
d’eau, ne faudrait-il pas envisager des fossés étanches avec des filtres
adaptés permettant la récupération des métaux lourds et des molécules toxiques.
La récupération de l’herbe fauchée le long de la voie, puis compostée pour la
récupération des métaux paraît bien aléatoire dans l’état de nos informations.( voir page 145).
Actuellement, la circulation
locale est possible, entre Seez, Bourg et landry. Cela risque de devenir
difficile voir impossible dans l’avenir. Cela ne risque t-il pas d’entraîner
des risques supplémentaires pour la population locale comme pour les
touristes ? Comment circuleront les médecins du secteur, si tout le fond de
vallée est bloqué comme on peut le craindre ?
La circulation liée aux Arcs continuera t-elle
d’être supportée par le centre ville ? Jugement de Salomon ou concession
au commerce local ?
En admettant que le délestage
soit efficace, il devrait s’accompagner d’une requalification de la traversée
Bourg- Seez avec des espaces conséquents réservés aux piétons et aux cyclistes.
En conclusion :
Le projet proposé ne répond pas
clairement aux objectifs fixés en introduction. Il ne supprimera sans doute pas
les bouchons. Il rendra probablement plus difficile la circulation locale. La
descente sur Moutiers sera sans doute aussi lente qu’avant. L’amélioration de
la qualité de vie des habitants du centre ville ne sera sans doute pas
effective, si l’on poursuit les programmes immobiliers envisagés. La qualité
des paysages aura évidemment été dégradée comme le patrimoine agricole. On ne
peut pas dire non plus que les espaces de sports et de loisirs auront été
améliorés. Il nous paraît donc important de reprendre ce projet en y consacrant
si nécessaire plus de temps et éventuellement plus de moyens. Vivre en
Tarentaise regrette de faire ces remarques à ce stade, mais seul un dossier
complet examiné à tête reposée permet d’apprécier un programme aussi complexe.
Au nom de l’association, le
président Alain Machet.