Gestion des déchets dans le bassin d'Albertville, la position de Vivre en Tarentaise.

 

L'association " Vivre en Tarentaise " est membre de la commission départementale de gestion des déchets. Elle a accepté de faire partie d'un groupe de réflexion placé sous l'autorité du SIMIGEDA et chargé de proposer des solutions au difficile problème du traitement de nos déchets. Après le traumatisme de l'affaire de Gilly, il va de soi que tout ce qui se fera dans ce domaine à Albertville sera regardé avec intérêt par les collectivités voisines.

Rappelons que le plan départemental de gestion des déchets est en révision, suite à une directive du ministère de l'environnement qui incite les collectivités à aboutir à 50% de valorisation. Cet objectif reste très raisonnable quand on regarde la composition moyenne d'une poubelle : 12% de verre, 6%de métaux, 30% de papiers, 10% de plastiques et 25 % de fermentescibles. Si chaque citoyen était un parfait écocitoyen conscient de ses devoirs il serait parfaitement envisageable de dépasser largement le taux des 50%. Mais la réalité du comportement moyen dans les villes où le tri sélectif est déjà pratiqué doit nous amener soit à beaucoup de modestie dans nos objectifs dans domaine, soit à davantage de détermination dans l'éducation et l'encadrement du citoyen de base…La population du bassin albertvillois, suite à la catastrophe de Gilly, devrait être particulièrement réceptive à toutes les mesures conduisant à moins de pollution. Aussi, Vivre en Tarentaise préconise t-elle les mesures suivantes :

 

1°) Education et information de la population au tri sélectif et à la collecte des produits toxiques.

Cette action doit s'inscrire dans la durée et être répétée à intervalles de temps réguliers en utilisant différents canaux. Elle doit reposer sur du personnel compétent et donc formé à cet effet. Elle doit aboutir à au moins 50% de tri sélectif. Elle devrait permettre d'éliminer la quasi-totalité des piles de nos poubelles. Le verre qui contient souvent du plomb doit être écarté systématiquement. Actuellement seulement 50% du gisement est récupéré après plusieurs dizaines d'années de campagne !! Les médicaments, les huiles de vidange et de friture, les produits de jardinage, les solvants, les peintures, les lasures, les piles et les batteries des agriculteurs doivent faire l'objet d'une collecte en déchetterie.

2°) La carotte.

Il faut récompenser les citoyens qui font preuve de civisme. Pourquoi pas des cartes de fidélité en déchetterie ? Pourquoi ne pas envisager le paiement au poids des déchets non triés? Cela a été mis en place par certaines collectivités. La poubelle est munie d'un système permettant d'identifier le propriétaire et la benne enregistre automatiquement poids et coordonnées …Récompenser aussi les collectivités qui font plus d'efforts que d'autres dans ce domaine. Cela suppose que chaque commune paie le juste prix en fonction de sa production. Les communes " laxistes " au contraire doivent être pénalisées.

3°) Les commerçants, les agriculteurs et les artisans.

Ils doivent être l'objet d'une campagne particulière pour qu'ils fréquentent tous et assidûment les déchetteries dont les horaires doivent être adaptés à ceux des entreprises.

4°) Les fermentescibles.

On doit imposer le compostage partout en habitat horizontal. Pour l'habitat vertical, il faut privilégier le composteur collectif (1m3) vidé à intervalles réguliers. Sinon une collecte en porte à porte s'impose si les quantités concernées sont suffisantes. De la même façon, l'utilisation de broyeurs collectifs associés à des composteurs permettrait peut être de réduire le volume des déchets verts en déchetterie.

5°) La méthanisation.

Si une collecte de fermentescibles en porte à porte est organisée, la méthanisation pourrait être envisagée en associant fermentescibles, déchets verts, boues non polluées de stations d'épuration. Le digestat résiduel (60%) devrait être utilisé comme compost en agriculture si les normes sanitaires sont largement respectées, sinon l'incinération ou la mise en décharge s'imposeront…

La réalisation d'une usine de méthanisation départementale de boues de STEP serait intéressante : production de carburant et réduction de la masse à incinérer ou à mettre en décharge. On retrouve ici, l'intérêt d'éduquer largement la population à la collecte des toxiques. Car si elle était bien faite, les boues de station pourraient être utilisées sans problèmes en agriculture. Il y en aurait moins à incinérer et à mettre en décharge.

6°) Le bâton.

Après une période raisonnable de un ou deux ans, il faudrait contrôler le comportement des citoyens. Il n'est pas normal que les efforts collectifs soient contrariés par l'incivisme de quelques-uns uns. L'adoption de sacs transparents pour la collecte des déchets faciliterait les contrôles. Ensuite, il faudrait pénaliser les personnes qui ne jouent pas le jeu : amende ou taxe d'enlèvement plus élevée ???

De la même façon les commerçants, artisans, agriculteurs qui ne fréquentent jamais la déchetterie devraient expliquer ce qu'ils font de leurs déchets. D'où l'intérêt encore d'une carte de fidélité pour tous les habitants. Sans "contrainte " il sera impossible de dépasser des objectifs modestes en matière de tri avant de nombreuses années.

7°) La fraction résiduelle.

La politique de tri devrait la réduire à moins de 50% des déchets ménagers. Dans l'état actuel de nos informations, il ne reste à choisir qu'entre la pyrolyse, l'incinération, le tri mécanique, le procédé " Calcior " et la mise en décharge.

La mise en décharge peut paraître séduisante à priori à cause de son coût de revient apparent assez bas. Cependant, il n'a pas été possible depuis quinze ans de trouver un seul site en Savoie pour enfouir des déchets. Il faudra certes en trouver au moins un, car il ne paraît pas normal que la Savoie exporte ses déchets chez ses voisins. Si un tel site, favorable du point de vue géologique, pouvait être trouvé dans l'espace dont le SIMIGEDA a la charge, cette " solution " permettrait peut-être d'attendre quelques années une éventuelle évolution technologique dans le domaine des déchets. Mais il faut bien reconnaître que cette éventualité est peu probable. Il faudra de toute façon enfouir une partie des résidus laissés par les autres formes de traitement : mâchefers pour l'incinération, coke pour la pyrolyse, mélange à base de chaux et de déchets pour Calcior, déchets non recyclables pour le tri mécanique….

Le tri mécanique proposé par la société " Leblan ". Cette procédure est à priori la plus séduisante, car elle présente l'avantage d'éviter le tri à la source et donc les problèmes d'incivilité. A ce jour, il semble que les performances du système laissent à désirer…Mais le " process " n'est-il pas perfectible ? La question est décisive et il serait important d'obtenir des réponses rapidement car cette technique semble peu polluante a priori.

La pyrolyse : il s'agit de chauffer les déchets à haute température en l'absence d'oxygène. Ce système est en cours d'installation sur un site dans le Nord de la France. Il a la réputation d'être moins polluant. Il produit un résidu solide appelé coke (contenant des métaux lourds) pour lequel il faut trouver un acquéreur…..

Le procédé " Calcior ". Il consisterait à mélanger les déchets avec de la chaux vive. Le mélange final est aussi important en masse qu'au départ. Là aussi, il faut trouver un " acquéreur " : des cimenteries ou des entreprises de travaux publics ???

L'incinération avec cogénération. Les incinérateurs récents semblent beaucoup moins polluants en termes de rejets atmosphériques que ceux comme celui de Gilly qui a fait la une de la presse nationale. Cependant, la prudence devrait conduire d'une part à limiter leur taille pour minimiser la quantité de polluants rejetés et d'autre part à multiplier les contrôles de pollution. L'incinérateur de Valezan semble respecter les normes sanitaires. Mais cette appréciation ne repose que sur une seule analyse annuelle. D'autre part, l'incinération d'une tonne de déchets génère la formation de 300kg de mâchefers dont il faut bien faire quelque chose. S'ils ne contiennent pas trop de métaux lourds, ils sont utilisés en travaux routiers sans suivi à long terme…Sinon, ils vont directement dans une décharge adaptée dans un département voisin pour le moment…Là encore, l'action d'éducation de la population pourrait réduire la toxicité de ces mâchefers grâce à la collecte séparée des piles et des verres.

8°) Faut-il envisager un centre de traitement commun entre le bassin d'Albertville et une partie de la Tarentaise ?

Cela aurait le mérite important de diminuer le coût de l'incinération de la fraction non triée (si c'est ce procédé qui est finalement choisi). Du point de vue économique, il faut prendre en compte cet argument. Cependant, il faudrait construire une usine plus grosse qui concentrerait les pollutions sur un même site (même si elles sont limitées). D'autre part le principe de proximité entre la population et le centre de traitement a le mérite de rappeler à la population que les déchets ne disparaissent pas…..Il nous semble que l'on fait plus d'efforts pour trier quand on est concerné dans son environnement proche par un centre de traitement.

D'autre part, les cantons de Moûtiers et Bozel comptent dans leurs territoires des grandes stations de ski. Il est évident qu'il sera difficile d'avoir les mêmes exigences vis-à-vis de la population touristique que vis-à-vis des résidents. Cela ne veut pas dire qu'il faut dispenser les touristes de tri sélectif bien sûr ! Mais on peut prévoir un rendement plus faible et des difficultés de mise en œuvre plus grandes. A cela il faudra ajouter les nuisances d'un transport sur de longues distances dont le coût apparent actuel nous paraît largement sous-estimé.

Aussi, il nous paraîtrait préférable que chaque secteur soit le support d'un centre de traitement des déchets. Cependant, si des considérations financières conduisent à la construction d'une seule unité, il faudra veiller à ce que toutes les collectivités s'engagent fermement dans la voie du tri sélectif et que l'on ne donne pas à " l'usine " éventuelle une taille démesurée.

Enfin, il serait important qu'une politique commune de tri, d'information de la population soit mise en œuvre en Tarentaise et dans le bassin albertvillois. Les achats de composteurs, de chalets de dépôts ou encore de conteneurs pourraient être groupés. L'expérience des uns pourrait bénéficier aux autres, le personnel " ambassadeur " du tri, les affiches, les films, les tracts d'information pourraient être partagés…

Conclusion provisoire : à ce jour, il paraît prématuré de trancher entre ces différentes possibilités tant que des informations plus complètes ne nous seront pas fournies.

Vivre en Tarentaise, le 27 juin 2002 (Le Villaret 73550 Les Allues)

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