Vivre en Tarentaise.
Association agréée pour la protection de la nature
Le Villaret 73550 Les Allues
Le 8 avril
2003
Déposition concernant le plan départemental de gestion des
déchets en Savoie.
L’association Vivre en Tarentaise avait réclamé la révision
du plan départemental de 1994 quelques mois
avant la parution de la circulaire Voynet qui
a déclenché l’élaboration ou la mise à jour de plans de gestion des
déchets dans tous les départements français. Le dossier réuni en presque trois
ans montre que cette révision était nécessaire : fermeture de différentes
unités d’incinération très polluantes, mise en place du tri sélectif très
laborieuse dans certains secteurs du département, absence de prise en compte
des fermentescibles, enfin circulaire du ministère de l’environnement fixant à
50% le taux de collecte en vue du recyclage.
VET a participé à pratiquement toutes les réunions auxquelles
elle a été conviée. Après examen des différents documents établis par la
société Trivalor, elle tient à reconnaître que le domaine exploré est très
complexe et nécessite une analyse prudente. Elle remarque également que le plan
précédent n’avait pas été respecté : pas de collecte sélective dans une
grande partie du département, collecte de la FFOM « oubliée », alors
qu’elle constitue environ 30% du gisement d’ordures ménagères. Poursuite du
fonctionnement d’unités polluantes à Gilly, dans la vallée des Bellevilles et
à Valmorel. Prolongation de
l’autorisation de mise en décharge à Bozel
en bordure du Doron et aux pieds des prestigieuses stations de ski de Tarentaise.
Le commun des mortels est malgré tout conduit à se demander comment et pourquoi
une telle situation a pu perdurer ? Les communes incriminées ne sont pas
parmi les plus pauvres de France…
Certes, depuis quelques mois, le tri sélectif semble en cours
d’introduction et on ne peut que saluer ce démarrage. Cependant, la première
question qui s’impose est la suivante : le plan version 2003 sera-t-il
respecté ? Les collectivités locales vont-elles enfin agir et investir de
façon déterminée dans ce domaine si important pour notre environnement ?
L’inventaire.
VET se félicite de « l’état des lieux » réalisé au
sujet de la production départementale de déchets. Le travail semble avoir été
réalisé avec sérieux. Toutes les catégories ont été prises en compte conformément
aux instructions ministérielles. Cet inventaire permet aux différents
partenaires concernés d’affiner leur réflexion dans ce domaine.
Les mesures envisagées.
La réduction à la source : celle-ci est prévue par le
ministère. Concrètement, sur le terrain, elle risque de se réduire au
compostage individuel. Le département compte environ 400 000 habitants.
115 000 personnes seront sensibilisées à cette pratique avec un taux
d’efficacité estimé à 20% . D’autre part, 90 000
personnes connaîtront un ramassage en porte à porte de la FFOM (Fraction
Fermentescible des Ordures Ménagères). Le taux d’efficacité de 20% nous paraît
très pessimiste. Il est permis de s’interroger sur les 200 000 habitants
restants qui ne seront pas concernés par une collecte de FFOM ou par le
compostage individuel. L’association VET attend des collectivités locales des
mesures très incitatives dans ce domaine qui représente, rappelons-le, 30% du
gisement. (48% des savoyards demeurent
en habitat horizontal et sont donc à priori concernés par le compostage
individuel)
Au-delà du compostage, il est question d’encourager
l’utilisation d’emballages navettes par les commerçants. Cela paraît être une
bonne idée. Mais les professionnels seront-ils sensibles à cette
proposition ? Quelles seront les mesures concrètes envisagées pour
favoriser la réutilisation de ces emballages ? VET tient à faire remarquer
qu’il revient aussi à l’Etat d’agir par la recherche et par la réglementation
sur la politique en matière d’emballage : réduction et utilisation de
matériaux facilement recyclables, pas de mélanges de matières, préférer le
polyéthylène au polychlorure de vinyle. Il serait donc intéressant que les
ministères concernés (environnement, recherche, industrie, agriculture)
bénéficient d’un « retour » de l’échelon départemental. Le déchet le
moins cher à traiter est celui que l’on ne produit pas ! Il est possible
que cette action réglementaire ou de recherche relève de l’échelon européen,
mais après tout pourquoi pas ?
Rien ne semble envisagé pour réduire la consommation de sacs en
plastique, ni pour développer l’usage de sacs en papier ou de cabas solides
réutilisables dans les supermarchés. Pourquoi ne pas limiter ou taxer fortement
la distribution de prospectus dans les boites à lettres. Ne pourrait-on pas
diffuser largement un badge à apposer sur les boites pour refuser la
publicité non adressée, qui alourdit
inutilement nos poubelles ? Si des modifications d’ordre réglementaire
sont nécessaires, nous devons demander à l’Etat de les prendre !
L’organisation des collectivités.
L’étude constate le fractionnement des compétences
« collecte » et « collecte sélective ». On
constate aussi quelques irrégularités administratives dans ce domaine.
Le plan prévoit d’encourager les collectivités à se regrouper pour agir
ensemble. VET est tout à fait favorable à une gestion globale du dossier
déchets en Tarentaise. Il est bien évident que la complexité du sujet impose la
présence de professionnels compétents dans la gestion des déchets, mais aussi
dans la communication. Les différents cantons de Tarentaise auraient tout
intérêt à développer une politique commune dans le domaine du tri sélectif,
particulièrement dans les stations de ski. Cela permettrait probablement
d’éviter de multiplier les études station par station. Les supports, les moyens
de communication, des matériels, du personnel pourraient être partagés. Enfin,
il serait préférable que le « geste du tri » soit le même à Méribel,
Moûtiers ou Bourg Saint-Maurice. Cette gestion globale permettrait également de
clarifier les responsabilités.
Les objectifs retenus en matière de tri à l’horizon 2006 et 2011 sont inférieurs
à ceux prévus par le ministère de l’environnement. La Savoie dans ce domaine
serait handicapée par la présence d’une population touristique importante, et
moins sensible au geste civique que le reste de la population. Il n’est pas
certain que cette analyse soit tout à fait juste, car de nombreux touristes
trient chez eux et se demandent pourquoi, aux portes d’un prestigieux parc
national, on trie si peu ? Certaines populations européennes sont
habituées à des contraintes plus sévères que les nôtres dans ce secteur. VET
souhaite que la collecte des cartons et emballages soit généralisée en début de
saison en station de ski. Idem pour la collecte des bouteilles de verre et des
restes de repas auprès des restaurateurs. On avance souvent que les logements
de stations sont trop exigus pour le tri sélectif. Mais la restauration des ces
logements est à l’ordre du jour et risque de constituer le chantier de la
décennie à venir. Il parait donc indispensable de prévoir dans les
réaménagements extérieurs et intérieurs l’espace nécessaire au tri et à la
collecte des déchets.
Les taux envisagés par le plan actuel, ne sauraient satisfaire
toutes les personnes soucieuses d’une gestion économe en ressources naturelles
de notre société.
Dans le domaine du tri, les résultats reposent sur le civisme de
la population et des entreprises. Ils reposent aussi sur la qualité de la
communication mise en œuvre pour développer le bon geste. Au-delà de la phase
indispensable d’information, d’éducation et des « piqûres de
rappel », pourquoi ne pas envisager, si nécessaire, des mesures plus
contraignantes : paiement de la redevance déchet à la tonne. Cela existe
en France dans différentes communes. Pourquoi pas en Savoie ? Certaines
collectivités organisent des contrôles sur les déchets « triés ». VET
est favorable, après la période indispensable de rodage, à des mesures
contraignantes vis-à-vis des citoyens indisciplinés qui ruinent les efforts de
la plus grande majorité. Ce volontarisme devrait permettre d’atteindre
largement le taux de 50% de recyclage. Nos voisins allemands collectent les
fermentescibles avec un rendement excellent. Le français restera-t-il à jamais
rétif au règlement ? Pourquoi après 30 ans de collecte du verre, 50 % des
bouteilles se retrouvent-elles encore dans nos poubelles ? Les
collectivités territoriales auront-elles le courage d’imposer des contrôles de
civisme ? On peut remarquer qu’il serait sans doute plus facile de le
trouver (ce courage….) collectivement à l’échelle de la vallée qu’à titre
individuel dans telle ou telle commune.
Les déchets verts et les boues.
Différentes aires de broyage et de compostage sont envisagées en
Tarentaise. Cela nous semble être à priori une bonne chose. Mais partout où
cela est possible, c’est le compostage individuel qui doit être privilégié. Il
existe des composteurs d’un mètre cube (ou plus) qui pourraient convenir aux
besoins des petits immeubles, des écoles, des stades etc…
Il existe encore en Tarentaise des excédents de fumiers et
lisiers. Ces quantités ont-elles été chiffrées pour envisager un traitement
commun avec les déchets verts. La réalisation d’une ou plusieurs unités de
méthanisation pourrait peut-être être envisagée. Comme la vallée doit aussi
traiter les boues de station d’épuration, il est probable qu’au moins une unité
pourrait être construite.
Les agriculteurs sont
réticents pour envisager l’épandage des boues de STEP. Les excédents de lisiers
par ailleurs conduisent à penser à une autre solution. Les quantités
départementales semblent suffisantes à elles seules pour justifier la
construction d’une unité de méthanisation des boues de STEP. Cette unité
pourrait bien sûr accueillir aussi des déchets verts et des déjections
animales. Elle aurait le mérite de réduire le volume des fermentescibles à
incinérer. Il y aurait également production de méthane qui contribuerait aux
économies d’énergie.
La sensibilisation des entreprises et des artisans.
P114, on relève que des conventions de raccordement au réseau
d’eaux usées seront établies ou développées pour éviter les rejets toxiques
dans les égouts et de fait la pollution des boues de STEP..Cette
mesure devrait être systématique et VET y souscrit à l’évidence. P126, il est
prévu la création d’un réseau d’animateurs DIB pour les entreprises. Souhaitons
que ce réseau voie le jour rapidement.
P129 la redevance spéciale pour les entreprises est évoquée.
Comme la contribution de ces dernières à la production départementale de
déchets est très importante, il nous paraît indispensable de sensibiliser par
ce biais où un autre les commerçants et artisans au tri et au recyclage. Mais
les horaires d’ouverture des déchetteries doivent être adaptés aux horaires de
travail des entreprises. Certains commerces sont très gros producteurs de
déchets. Ils doivent être l’objet de mesures spécifiques. La contribution
financière des artisans doit être systématique (par le biais de la taxe
professionnelle ?) pour participer au fonctionnement des déchetteries. Il
faut éviter le paiement lors du dépôt qui encourage le maintien des décharges
sauvages.
La fraction résiduelle.
Au cours des travaux de la commission départementale, seuls les
traitements thermiques (pyrolyse et incinération) ont fait l’objet de
présentation ou de discussions. Aucun mode de
traitement « alternatif » n’a été présenté à la commission
malgré les questions répétées des associations. Cela nous semble regrettable.
Une commission travaillant sous l’autorité du SIMIGEDA a au moins envisagé les
traitements « Calcior » et « Leblan ». Des rencontres avec
les responsables de ces filières ont été organisées. VET se demande en
particulier si le procédé du tri mécanique préconisé par « Leblan »
pourrait être amélioré ou non ? Après tout ce système est utilisé par nos
voisins espagnols. Pourquoi ne pas en prendre connaissance ?
De la même façon, aucune présentation d’unité de méthanisation
ou de compostage n’a été effectuée. Nous regrettons que cette possibilité
d’information des élus présents n’ait pas été saisie. Ces pratiques courantes
chez nos voisins resteront-elles encore inconnues en France pour quelques
dizaines d’années ?
D’après les exposés et les rencontres organisées, il ne nous resterait plus qu’à
choisir entre mise en décharge et traitement thermique.
Depuis plus de dix ans, la Savoie recherche vainement un centre
d’enfouissement de classe II. Le
caractère touristique, la présence de nombreux cours d’eau ou de nappes
phréatiques, les craintes des riverains, rendent cette recherche difficile.
Cependant VET souhaite qu’un tel centre puisse être trouvé dans notre
département. Il ne nous paraît pas normal que la Savoie exporte ses déchets
chez ses voisins. Il va de soi qu’il faudra veiller à ce que ce centre soit
bien utilisé et puisse durer plusieurs dizaines d’années…Il nous paraît donc
utopique de recourir à l’enfouissement pour des quantités importantes de
déchets ménagers.
L’incinération et la thermolyse apparaissent donc comme
difficilement contournables à court terme, compte tenu des informations qui ont
été communiquées à la commission départementale. Dans notre esprit ce type
de traitement devrait être strictement limité à la frange difficilement
recyclable des déchets ménagers. C’est pourquoi nous insistons tant pour
qu’une politique contraignante de tri soit mise en œuvre.
VET souhaite être « responsable ». Elle est consciente
des problèmes liés à la mise en place des politiques de tri. Elle est
consciente également des problèmes de civisme. Pour bien trier, il faut une
part de contrainte. Il paraît souhaitable aussi, que la population ne perde pas
trop de vue les usines d’incinération….D’où l’intérêt de prévoir plutôt
plusieurs petites usines à l’échelle de un ou deux cantons de préférence à une
très grosse sur laquelle on pourrait se décharger avec une certaine
insouciance…
VET conteste le dimensionnement prévu pour les différents
scénarios envisagés. Le choix, il est vrai est difficile entre
responsabilité (prévoir une grosse usine au cas où..) et découragement
face à l’incivisme de quelques uns.
D’autre part, même si les incinérateurs modernes semblent
respecter les normes en vigueur en matière de rejets atmosphériques, il faut
considérer que chaque tonne de déchets incinérée produit 300kg de mâchefers
contenant des métaux lourds. Ces « cendres » sont utilisées dans les
travaux routiers dans des secteurs « choisis ». Mais aucun suivi à
long terme n’existe à propos de ce cadeau empoisonné…page 39 du dossier BTP on
relève que le principe de précaution devrait entraîner la mise en place d’une
traçabilité de ce genre de déchets. Nous souhaitons vivement la mise en œuvre
d’un suivi à long terme des mâchefers utilisés dans les travaux routiers. La
mise en place d’un plan qualité pour ces mâchefers n’était effective en 2000
que pour une seule usine d’incinération de Savoie. Qu’en est-il pour les autres
aujourd’hui ?
Les fumées des incinérateurs sont filtrées. Les résidus de
filtration appelés REFIOM sont évidemment hautement toxiques. ( L’usine de Valezan en produit de l’ordre de 1m3
toutes les 5 heures..) Ils sont entreposés dans des décharges adaptées (classe
I) loin de la Savoie. Un cadeau pour les générations futures…
La thermolyse produit un coke (De l’ordre de 300kg par tonne de
déchets pyrolysée) pour lequel il faut également trouver un
« débouché » sur le long terme et satisfaisant pour l’environnement.
Cela pose le même type de problèmes que pour l’incinération : les métaux
lourds ne disparaissent pas ! A moins par exemple que l’on se décide enfin
à trier sérieusement les piles …
Il nous paraît donc clair que les traitements thermiques posent
des problèmes environnementaux. Il y a réduction du volume des déchets, mais
production de cendres et de REFIOM toxiques….
Cette filière ne nous paraît donc pas mériter le label « durable ».
Si cette solution est malgré tout retenue par les élus, la
récupération d’énergie devra être systématique : production d’électricité
et couplage à un réseau de chaleur.
Le transport.
La Tarentaise dispose d’une voie ferrée jusqu’à Bourg Saint
Maurice. Différents tableaux dans le dossier soumis à l’enquête montrent que le
coût global du transport par rail est nettement inférieur à tous les autres
modes. VET souhaite que le transport ferré soit donc utilisé davantage. Si nécessaire,
la SNCF doit adapter ses structures et son mode de fonctionnement pour que le
transport des déchets et des marchandises soit possible. Pourquoi les papiers
et cartons triés à Bourg Saint Maurice et Aime sont ils évacués par la
route ? Pourquoi ne pas construire un « quai de transfert » à
proximité de la voie ferrée ? La RN 90 saturée doit être délestée de ses véhicules le plus possible.
La collecte des DTQD (piles, solvants, peintures, produits phytosanitaires, huiles
de vidange, médicaments…):
Les campagnes d’information à destination de la population, des
artisans, des écoliers, des agriculteurs doivent être pratiquées et répétées
régulièrement par différents canaux. Des contrôles réguliers doivent être
effectués.
Les lieux de collecte.
Il serait souhaitable que l’on implante les dispositifs de
collecte dans les endroits très fréquentés par la population : parkings
des supermarchés par exemple
Les déchets des entreprises du BTP.
Le plan se contente de prévoir la liste des installations nécessaires :
centres de tri, de stockage, de valorisation. Mais les auteurs du document,
indiquent que ces structures relèvent de l’initiative privée. Que se passera
t-il si aucune d’entre elles ne voit le jour ? De la même façon, ce
dossier propose aux acteurs du secteur de suivre un certain nombre de
recommandations. Il suggère l’utilisation de bordereaux de suivi pour les
déchets du BTP et le respect d’une charte pour leur utilisation rationnelle.
Toutes ces mesures sont intéressantes, mais leur caractère contraignant s’avère
très limité. Le nombre de petites entreprises dans ce secteur est très
important. Chaque artisan acceptera t-il de faire évoluer ses pratiques pour
mieux gérer ses déchets ? Comment les structures relevant de l’initiative
privée seront-elles financées par cette multitude de petites entreprises ?
Conclusion.
L’Etat doit mettre en œuvre d’urgence une réflexion pour
trouver des alternatives aux différents traitements thermiques. Cela
implique probablement un effort de
recherche mais aussi une réglementation
beaucoup plus stricte concernant les matériaux utilisés en matière
d’emballage mais aussi dans la vie courante. Chaque objet fabriqué, conditionné et vendu devrait être
examiné sous l’angle du recyclage.
VET n’approuve pas le
plan proposé dans la mesure où les
ambitions en matière de tri lui semblent insuffisantes et non conformes à la directive ministérielle entraînant la
révision du plan. Elle n’approuve pas le dimensionnement prévu pour les
différentes unités d’incinération.
Elle demande le réexamen du système actuel où chaque
société cotise à
« éco-emballage » pour se donner bonne conscience. Ce système pervers
ne l’oblige nullement à réduire sa production et à utiliser des matériaux
facilement recyclables.
Au nom de
l’association, le président : Alain Machet, membre de
la commission départementale de gestion des déchets.