Plan départemental de gestion des déchets en Savoie.
Réalisme
ou manque d’ambition ?
La
Commission Départementale de Gestion des Déchets s’est réunie mercredi 17 septembre
pour la dernière fois.
Il
s’agissait de mettre la dernière main à un programme d’action qui s’imposera à
toutes les collectivités dès la signature de l’arrêté de Monsieur le Préfet. Ce
document est l’aboutissement d’un processus qui s’est déroulé sur trois ans,
sous l’autorité de trois préfets successifs. Il résulte d’une multitude de réunions et d’études.
Le document préparatoire a été soumis à
enquête publique il y a presque un an déjà ; de très nombreuses personnes
et des associations ont participé à cette enquête (notre déposition). La plupart des interventions réclament davantage de
tri sélectif, des mesures vigoureuses pour la réduction du volume ds déchets à
la source, une politique volontariste d’information de la population, des
artisans et des sites industriels. Beaucoup bien sûr s’étonnent de la part
réservée à l’incinération.
La
commission d’enquête a rendu son rapport il y a quelque temps. On y
relève :
SUR
LE DOSSIER MIS A L’ENQUETE:
« Nous n’insisterons pas sur les critiques que
nous avons exprimées plus haut. Mais, ici aussi, force est de reconnaître que
le dossier élaboré par un technicien reste un dossier de spécialiste fait pour
des spécialistes. Le résumé, en quelques pages, certes plus facile à lire, n’en
reste pas moins inaccessible pour le grand public, plus habitué aujourd’hui aux
images et aux sons qu’à la lecture des grands classiques.
Peut-être pourrait-on imaginer, plus tard,
l’intervention de publicistes ou autres spécialistes de la communication, pour
la traduction grand public de tels dossiers. »
SUR
LE FOND:
« Notre analyse détaillée a montré que nous
partagions certaines des critiques formulées par les uns et par les autres.
Mais nous avons pu constater que les arguments
s’appuyant sur la circulaire \/oynet méritaient d’être nuancés : il n’est pas
possible, ni souhaitable, de transformer en règles et en obligations ce qui
n’est que recommandations.
Après réflexion, nous avons repoussé l’idée de donner
un avis défavorable au projet présenté. Cela aurait peut-être conduit le Maître
de l’Ouvrage à revoir son projet, mais cela aurait repoussé d’autant sa mise en
oeuvre par le Conseil Général de la Savoie désormais en charge de son
application.
C’est pourquoi nous avons décidé de donner un AVIS
FAVORABLE au projet de Plan Départemental d’Elimination des Déchets Ménagers et
Assimilés, avis assorti des recommandations suivantes:
En préambule, la commission remarque que, sous-évaluer
la production de déchets pour les dix ans qui viennent, ne serait sans doute
pas la meilleure solution, même si elle était satisfaisante pour l’esprit de
certains;
Il n’en demeure pas moins qu’il y a une impérieuse
nécessité pour la puissance publique de prendre les mesures adéquates pour:
1. Réduire la production de déchets à la source
2. Tendre, à rapprocher de l’objectif de 50%, la
transformation des déchets recyclables.
3. Créer sur le département, quelles que soient les difficultés
rencontrées, un, mais plutôt deux Centres d’Enfouissement de classe 2.
A ce sujet la commission regrette qu’aucune hypothèse
de localisation n’ait été faite au niveau du Plan. Il y a forcément un ou deux
sites qui techniquement, tant par la géologie que par la localisation,
conviennent mieux que d’autres.
4. Mettre en place dans les stations de sports d’hiver
une politique effective de tri sélectif. Les travaux de modernisation entrepris
dans de nombreuses stations sont sans doute l’occasion à saisir.
5. Etudier la faisabilité de créer une filière
spécifique pour Déchets Industriels Banals (DIB) y compris en instaurant une
fiscalité incitative.
Le réseau d’Animateurs Déchets Banals évoqué dans le
Plan nous paraît, à ce sujet, particulièrement intéressant.
Enfin, nous ne saurions terminer notre rapport sans
insister une fois de plus pour que le volet INFORMATION et COMMUNICATION soit
précisé et développé y compris dans la désignation des responsabilités.
Ce volet est fondamental pour atteindre les objectifs
fixés: ceux du Plan jugés trop peu ambitieux, mais encore mieux ceux qu’il
serait souhaitable d’atteindre. »
A la lecture de ce texte, les
associations avaient eu l’espoir, par leurs interventions, d’infléchir le plan
départemental vers une ambition plus grande de tri sélectif, de collecte des
toxiques, voire dans la recherche de techniques innovantes.
A l’issue de l’ultime réunion, il faut bien dire que
le monde associatif reste sur sa faim.
Certes, le réseau de déchetteries de
montagne devrait être complété plus rapidement. Une usine de compostage de
boues est à l’étude pour répondre aux besoins d’une partie de la Tarentaise, du
bassin d’Albertville et du Beaufortain. Le tri sélectif en station devrait être
mis en place avec plus de volontarisme. Les résultats de Tignes et de Val
d’Isère seraient encourageants. La mise aux normes des incinérateurs devrait
être terminée en 2005. Un ou deux centres d’enfouissement de classe II
devraient être créés. La méthanisation et la pyrolyse ne sont pas écartées. Un
volet éducation vigoureux est prévu…
Mais, dans l’ensemble, beaucoup
d’éléments restent bien vagues :
Combien
d’ambassadeurs du tri seront-ils recrutés ? Pour combien de temps ?
Quelles
obligations pour les stations de ski ? Avec quel échéancier ?
Le
compostage individuel sera-t-il seulement « encouragé » ? Se
contentera t-on d’un taux d’efficacité de 20% de la population
sensibilisée ? Un quart seulement du département est concerné…
Le
réseau d’animateurs destiné à informer les artisans et industriels de la
collecte indispensable des déchets « toxiques » (DIB) sera
laissé à la bonne volonté du MEDEF. Malheureusement, ce dernier connaîtrait des
problèmes de financement……On trouvera donc encore des métaux lourds ou des
molécules dangereuses dans les boues de stations d’épuration ou dans les
mâchefers.
L’attitude
de certains élus est inquiétante. Ils réclament un surdimensionnement des
unités d’incinération pour faire face à une croissance de la population du
département, ou encore pour palier à la défaillance d’un site de traitement du
département. (La mise en balle et le stockage provisoire pourraient convenir
également..) Quelques uns aussi, rêvent encore d’une croissance touristique
continue en Tarentaise où les bouchons saisonniers pourraient devenir des
bouchons durables.
Il est facile de nous répondre que les
objectifs sont « réalistes » et que s’il est possible de dépasser les
objectifs fixés cela sera fait.
Mais les investissements nécessaires pour
l’information, l’éducation, le suivi des politiques de tri seront-ils du même
ordre de grandeur que ceux consacrés aux traitements thermiques ? Aurons
nous le courage d’aller jusqu’à la « répression » pour faire face à
l’incivisme de quelques uns ?
Vivre
en Tarentaise ne peut qu’encourager la population savoyarde à faire preuve de
citoyenneté en participant activement au tri sélectif, mais aussi en
s’intéressant de près aux choix d’investissement des collectivités.
Alain
Machet.