Chauffer les
stations de ski au bois ?
La station de La Plagne vient de se
doter d’une nouvelle chaufferie collective au bois. Elle communique abondamment
sur cette démarche « écologique », faisant valoir le caractère
renouvelable de la ressource en bois et sa faible émission de CO2.
Il est bien évident qu’en
comparaison des énergies fossiles l’utilisation du bois est plutôt vertueuse
puisque la plus grosse partie du carbone rejeté a été fixé par les arbres
pendant leur période de croissance. Gardons tout de même à l’esprit que le
bilan n’est pas nul puisqu’il faut ouvrir des routes forestières, couper le
bois, le débarder, le transporter …Toutes activités consommatrices de
carburant fossile.
Quand on y regarde de plus près les chiffres annoncés sur le site de la station
de La Plagne laissent rêveur :
80 à 90 m3 de bois par
jour pour chauffer 7000 lits, soit pour une saison d’hiver (5 mois, soit 150
jours) de l’ordre de 12 000 m3
de bois. Sachant que la productivité moyenne des forêts de Tarentaise est de
l’ordre de 3 m3/ha/an, la chaufferie de La Plagne absorbera
l’équivalent de la production de 4000 ha de forêts. Pour fixer les idées c’est
à peu près la surface de toutes les forêts communales du canton d’Aime. Comment
envisage-t-on de chauffer les 35 000 lits restants?
Bien sûr l’essentiel de
l’approvisionnement serait issu de récupération de palettes et de déchets de
scierie, donc de matériaux non produits localement. La volonté affichée de se
fournir à terme en plaquettes forestières issues des exploitations locales restera
probablement un vœu pieu car les volumes nécessaires sont très largement
supérieurs à la capacité de production locale, à moins qu’on envisage de brûler
la totalité de la production de bois de nos forêts.
Sachant qu’un peu partout des
collectivités et des opérateurs privés se lancent dans l’installation de
chaudières à bois, il est probable qu’à terme aucun territoire ne voudra
exporter sa ressource en bois…Sauf peut-être au plus offrant. Le
« développement durable » va se heurter de plein fouet à la dure loi
du marché !
L’énergie du bois, si elle est
renouvelable, est loin d’être inépuisable.
Au XVII° siècle où les 15 millions de français se chauffaient au bois (et
pas à 20°C !) le taux de boisement était descendu à 10%. « Grâce »
au charbon et au pétrole les forêts ont regagné du terrain et couvrent
désormais 25% du territoire. Il est vrai que la forêt française est
actuellement sous-exploitée, mais la tendance peut s’inverser très vite.
Pour le chauffage seule l’énergie
solaire, et éventuellement la géothermie, sont réellement inépuisables. Le bois
ne devrait donc être qu’une énergie d’appoint pour du chauffage individuel ou
de petits collectifs. La France peut développer un peu sa consommation de bois, mais ce dernier ne remplacera jamais le
pétrole ! Nous devons avant tout faire porter nos efforts sur l’isolation poussée
des bâtiments existants. Cela pourrait générer de nombreuses années de travail avec
des emplois non délocalisables. L’énergie la moins chère et la moins polluante
est celle que l’on ne consomme pas !
Parallèlement La Tarentaise se doit
de mettre en place un réseau ambitieux de transports en commun susceptible de
limiter la contribution de l’industrie touristique à l’effet de serre : le
transport des touristes en voiture individuelle serait responsable de 75% des
émissions provoquant ou aggravant le changement climatique.