Station de ski de Sainte Foy.
La position de Vivre en Tarentaise
L’association
Vivre en Tarentaise a pris connaissance du dossier UTN qui sera examiné par la
commission spécialisée en décembre 2004. Ce document est avancé pour permettre
une nouvelle étape du développement de la station : construction de
nouveaux lits pour une surface de 40 000m², mise en place d’une nouvelle
remontée, réalisation de deux nouvelles pistes en site vierge.
Il
s’agit, selon les promoteurs de l’opération, de profiter de l’embellie du
marché de l’immobilier pour construire et vendre entre 3000 et 5000 lits autour
du hameau de Bonconseil. Les remontées existantes
seraient en voie de saturation et pour anticiper cette situation, il
conviendrait d’ouvrir un nouvel espace aux skieurs. Le remplacement des
appareils en place par des modèles plus performants apparaîtrait insuffisant à moyen
terme.
Si l’on
examine les chiffres proposés dans le « projet communal » on peut
avoir l’impression que les aménageurs s’apprêtent à faire un pari très risqué
aux dépens bien sûr du milieu naturel et du patrimoine tarin.
En
effet, la station de Sainte Foy connaît des difficultés évidentes :
En dix ans, seuls 1200 lits ont été construits (p19). Le
circuit de commercialisation est court, mais échappe en grande partie à la
centrale de réservation communale (qui ne gère que 30% des locations). Le taux
de remplissage est faible en hiver, très faible en été.
La régie communale des remontées mécaniques est en déficit
chronique (p68). La vente des forfaits rapporte 681 616€ alors que le
déficit s’élève à 391 584€. C’est la commune, donc le contribuable qui
comble ce trou tous les ans.
On relève page 25 les atouts et faiblesses du site : il
s’agit d’une station romantique, « le parti pris est indémodable » sous
réserve que la densification de l’urbanisation ne vienne pas brouiller cette
image….
Les chiffres concernant l’emploi sont intéressants (p.85) .On
note que le nombre d’emplois sur la commune est passé de 150 en 1990 à 173 en
1999, soit un gain de 23 personnes. En réalité (p87) la station emploierait 30
personnes à la régie et 20 dans le commerce. Ces chiffres, rapportés au déficit
comblé chaque année par le contribuable, nous laissent assez perplexes.
On constate que l’approvisionnement en eau de la station
pose et posera de gros problèmes (p69). De gros travaux seront nécessaires dans
ce domaine (canalisations et stations de pompage) pour un montant de l’ordre de
600 000€.
La production de neige de culture nécessitera le captage de
deux sources (Fenil et St Guérin) et la construction d’une retenue colinéaire
de 10 000 à 15 000m3.
Sainte Foy ne dispose
pas encore de station d’épuration des eaux usées, même si un projet est
en cours d’élaboration. Un investissement de 3,5M€ est nécessaire. Il serait
subventionné à 50% .Le reste serait pris en charge à raison de 80% par Sainte
Foy compte tenu de la participation de Villaroger à
ce projet.
Les
défenseurs du projet avanceront sans doute que les emprunts contractés par la
commune arriveront à échéance en 2008 (p.92). La capacité d’investissement de
la collectivité devrait donc se rétablir à ce moment. Pour augmenter la
fréquentation des remontées, on se propose de réaliser 40 000m² dans de
petits hameaux situés à proximité de Bonconseil.
L’espace favorable, compte tenu de l’instabilité des terrains étant rare, on
envisage de densifier l’urbanisation. Mais les remontées mécaniques se trouvant
en voie de saturation, il apparaîtrait nécessaire d’étendre le domaine skiable
pour répartir l’afflux de skieurs espéré.
A ce
stade, on ne peut que s’interroger sur l’évolution du déficit de la régie
communale des remontées mécaniques. Il n’est pas du tout évident que la
situation délicate que l’on connaît aujourd’hui puisse s’améliorer. Si de ce
point de vue, un nombre plus important de skieurs paraît favorable, la gestion de remontées plus
nombreuses et plus coûteuses à l’entretien pourrait être un handicap. Il semble
curieux que l’on n’envisage pas en priorité de remplacer les télésièges existants
par des modèles plus performants.
Le coût
des nouveaux emplois générés ne risque t-il pas de devenir exorbitant face aux
investissements nécessaires ?
Comme d’autres stations, Sainte Foy souffrirait d’un
manque de « ski facile », d’où la nécessité d’ouvrir de nouvelles
pistes et de construire un nouveau télésiège.
Cela
nous amène à examiner ce projet sous l’angle environnemental.
On
trouvera page 20 à 25 une bonne description du milieu concerné par les aménagements
envisagés. Il s’agit d’un vaste secteur
où la forêt est clairsemée, où les chalets témoignent d’une vie passée, où l’on
s’émerveille à suivre les traces d’animaux.. Beaucoup
de poésie, de jeux de lumière à travers les mélèzes, une multitude d’images qui
changent au fur et à mesure des déplacements.
Cette
zone abrite des tétras lyre et des lagopèdes. On trouve dans le dossier toutes
les cartes de présence et de déplacement de ces volatiles. On connaît bien
l’impact très négatif du ski hors piste sur la survie du petit tétras. Il est
clair que les aménagements projetés vont encourager un peu plus la pratique d’itinéraires
sous l’arête de la Marquise et à destination du vallon de Mercuel.
On note à ce sujet la demande insistante concernant le couloir des Foyères dans
la forêt de « protection » de Grand Folliet . L’expérience de la
réserve naturelle de Villaroger montre qu’il est
difficile voire impossible de canaliser des skieurs en dehors des pistes. Il
est peu probable que la pose de filets suffise à protéger l’avifaune dans cet
espace jusqu’à présent peu fréquenté. Il ne faut pas penser non plus qu'une
surveillance efficace puisse être organisée dans ce vaste secteur sans moyens
humains conséquents. On peut donc craindre une
baisse inquiétante de la population de tétras lyre dans la zone
fréquentée, mais aussi dans les secteurs voisins compte tenu des échanges
décrits page 59 à 60.
La
réalisation des pistes rouge et bleu de camp Filluel
va entraîner des terrassements visibles depuis Bourg Saint Maurice : une
nouvelle atteinte aux paysages de la vallée.
L’urbanisation
dense, en projet à la Bataillette, risque de porte
atteinte à l’image de la station. Elle semble contraire aux recommandations du
relevé de conclusions de la commission UTN de 2002 qui mettait en garde la
commune à ce sujet (voir document de synthèse page 12). De plus la stabilité
géologique des terrains retenus pour supporter les constructions semble
douteuse, même si ces dernières apparaissent
techniquement réalisables. Une surveillance sera nécessaire. La nature instable
des sols, le reprofilage du terrain naturel,
l’imperméabilisation progressive des zones urbanisées nécessiteront un captage
attentif des eaux et un stockage des eaux de ruissellement. Rien de concret ne
semble prévu à ce sujet. Combien cela va-t-il coûter ? Où seront implantés
le ou les « bassins d’orage » compte tenu du peu d’espace stable
disponible ? Ne risque t-on pas de voir se reproduire ici, le phénomène
observé sur le versant des Arcs ?
Les
surfaces de stationnement seront-elles suffisantes ? Où seront-elles
réalisées ?
Le jeune
agriculteur qui pâture dans le secteur à urbaniser devra t-il cesser son
exploitation ? L’arrêt de cette activité traditionnelle ne sera-t-elle pas
une grosse perte pour l’image de la station ?
L’examen
de ce dossier doit enfin être resitué dans le contexte de la Tarentaise et du
marché de l’or blanc.
On se
rappelle le fameux schéma de cohérence rédigé dans les années 1990, indicatif,
non contraignant et déjà largement dépassé. Nous soulignerons bien sûr encore
les problèmes routiers dans la vallée. Le document présent dans toutes les
mairies à ce sujet est édifiant. Les travaux en cours de réalisation
amélioreront la sécurité des automobilistes, mais les embouteillages
demeureront…Il y a bien entendu des programmes immobiliers en cours de
réalisation aux Arcs et à la Rosière et ce pour près d’une dizaine milliers de lits. Le relevé de conclusion cité
plus haut rappelait le caractère tendu du marché du ski, nous ajouterons à cela
l’incertitude climatique qui devrait encourager les pouvoirs publics à la plus
grande prudence avant d’autoriser de nouvelles croissances dans ce secteur
fragile.
En
conclusion, l’association Vivre en Tarentaise considère que le pari envisagé
est très risqué du point de vue financier et environnemental. La protection du tétras
lyre demandera beaucoup de moyens et d’énergie. Quant aux paysages concernés,
il faudra aller chercher les images et les émotions ailleurs !
Vivre en
Tarentaise estime que les efforts doivent porter en priorité sur la réalisation
d’une station d’épuration des eaux usées et le cas échéant sur la modernisation
des remontées mécaniques. (S’il est démontré que la saturation des télésièges soit
effective et supérieure à quelques jours dans l'année…)
Dans
l’hypothèse où les pouvoirs publics accorderaient tout ou partie du programme
demandé, il serait indispensable au titre des mesures compensatoires,
d’envisager un mode de protection définitif et efficace du vallon du Clou, dont
la valeur paysagère contribue à la fréquentation touristique de toute la vallée.
Cette
mesure aurait le gros avantage, d’écarter
en cas d’échec financier du projet exposé, une éventuelle fuite en avant. En
excluant la construction de remontées mécaniques, mais en maintenant la chasse
et les activités agricoles, elle confirmerait l’orientation « nature et
patrimoine » de la commune.
En
effet, si les difficultés financières persistent, on ne peut exclure le rachat
de la Régie communale de gestion des remontées mécaniques, par une grosse
société qui exigerait en contrepartie une nouvelle extension en site vierge !
Sans
nous faire trop d’illusions, nous conseillerons de conforter l’image « station
nature » par la réalisation d’itinéraires praticables à pied, en raquette
ou en ski de fond et axés sur la découverte des paysages merveilleux de Sainte
Foy. La restauration du patrimoine bâti dont la valeur architecturale est
évidente, devrait séduire ce public particulier rassemblé pour le moment à Bonconseil. On devine les qualificatifs désagréables des
responsables du projet à ce sujet. Mais l’originalité de la station n’est-elle
pas à creuser dans cette direction là justement ! La région Rhône Alpes ou
l’Etat pourraient utilement soutenir une telle démarche qui aurait le mérite de
préparer l’avenir.
Vivre en
Tarentaise (Novembre 2004)
Le Villaret 73550 les Allues