Cette liaison fonctionne maintenant, et beaucoup regrettent cette atteinte à l’environnement, pour une utilité incertaine. Dans un souci de clarté, nous publions notre déposition à l’enquête publique, faite à un moment (1999) où nous étions trop peu à s’opposer à ce projet.

 

 

Liaison Les Arcs-La Plagne.

Les questions de Vivre en Tarentaise.

 

Ce projet ancien est l’objet actuellement d’une enquête publique. Il devrait ensuite être examiné par la commission des UTN de la Région au mois de juin.

 

Les arguments avancés par les responsables du projet.

Il s’agit à l’évidence de disposer d’un atout publicitaire supplémentaire. Cette liaison permettrait d’offrir aux skieurs possédant le forfait « grand massif »   un domaine skiable beaucoup plus vaste. La complémentarité des deux stations est également évoquée. (Caractère plus technique des pistes des arcs contre pistes plus faciles à La Plagne). L’ensemble ainsi réalisé se situerait entre « l’espace Killy » et Les Trois Vallées. Les gestionnaires souhaitent ainsi répondre à une certaine érosion de leur clientèle qu’ils attribuent pour les Arcs à un déficit de pistes faciles. Les deux sites prestigieux de Bellecôte et de l’Aiguille Rouge  réunis pourraient contribuer à la promotion du massif. Le développement du ski itinérant de Champagny à Villaroger est également avancé..

Ce projet repose en partie sur les résultats d’un sondage réalisé auprès de 800 skieurs dont une grande partie serait prête à payer un supplément pour disposer d’un espace plus vaste.

L’échantillon interrogé est-il représentatif des 80 000 personnes qui fréquentent ce secteur? Celles qui se déclarent prêtes à traverser la vallée du Ponturin sont celles qui pratiquent un ski plutôt sportif. Ces réponses pourraient peut-être faire réfléchir ceux qui pensent que la recherche de pistes peu pentues orientera les skieurs des Arcs vers Montchavin.

Le coût de la réalisation se situerait autour de 90 MF, soit le prix de la réalisation de 4 télésièges débrayables. Le remboursement serait assuré par le surcoût des forfaits « grand massif ». Il s’agit évidemment d’un investissement très important et d’un choix d’aménagement risqué. Les auteurs du projet sont très prudents sur la durée nécessaire pour l’amortissement: 25ans...Ne serait-il pas plus judicieux d’installer deux débrayables supplémentaires sur chaque station, quitte à augmenter un peu le prix du forfait? Les effets induits en cas de succès ont-ils bien été évalués. Ne doit-on pas craindre un  engorgement des parkings de Montchavin et de Plan-Peisey? Le télésiège de Plan-Bois à Vallandry impose déjà des queues importantes. Ce « dysfonctionnement » ne va-t-il pas s’aggraver?

Fréquente-t-on une station parce qu’elle offre beaucoup de confort et un accueil sympathique à ses clients ou bien à cause des dimensions du domaine skiable? La qualité du damage n’entre-t-elle pas  également en ligne de compte?

 

La notion d’espace vierge et l’aspect juridique.

Aux yeux des aménageurs, la liaison projetée ne serait pas un équipement en site vierge dans la mesure où aucune piste supplémentaire ne serait créée dans le milieu naturel. Sans vouloir jouer sur les mots, il faut bien reconnaître qu’un câble (plusieurs en fait!) reliant les deux versants d’une vallée réputée, porte du Parc de la Vanoise, ne passera pas inaperçu. Certes il se situera dans la partie inférieure de la vallée, mais il survolera le village typique du Villaret. De plus, il passera à l’intérieur du cercle de classement de l’église de Peisey. Les lampes destinées à baliser le câble ne constitueront-elles pas une pollution visuelle?

 Enfin, cette réalisation ne serait-elle pas contraire à l’arrêté ministériel du 18 août 1983 autorisant la construction de 60 000m2 de logement supplémentaires à Arc 2000 à condition que le programme nouveau n’entraîne «  aucune extension des pistes et  remontées mécaniques en site vierge »? (Voir pièce jointe).

 

L’impact sur l’avifaune.

Le secteur est fréquenté par l’aigle royal et par des oiseaux nocturnes. Le gypaète barbu est en voie de réintroduction en Haute- Tarentaise. On sait bien que les grands oiseaux sont souvent victimes de chocs avec des câbles.

La liaison projetée devrait entraîner une fréquentation plus importante de la face Nord de Bellecôte et dans une moindre mesure de la réserve de Villaroger. Ces deux sites d’altitude, recherchés par les amateurs de ski hors piste pour leurs pentes raides, hébergent des petits Tétras très sensibles au dérangement. On peut donc craindre une diminution importante des effectifs de petits coqs.

 

Le précédent  ainsi créé et le risque de fuite en avant.

D’autres projets de liaison  inter-stations sont à l’étude. Ils pourraient contribuer à augmenter encore les câbles et les pylônes dans une vallée qui en compte déjà beaucoup. Les associations de protection de la nature, n’ignorent pas forcément les arguments économiques, mais leur rôle est avant tout d’évaluer au plus juste l’impact d’un aménagement sur le patrimoine d’une région. Il s’agit ici de Peisey-Nancroix  porte du prestigieux Parc de la Vanoise avec ses villages typiques.

Si l’ensemble ainsi créé grignote quelques « parts de marché » à ses concurentes, ces dernières ne vont-elles pas réagir en proposant de nouvelles liaisons ou extensions en site vierge?

 

En conclusion.

La pertinence du remède proposé face à l’érosion de la clientèle et la rentabilité économique du projet nous paraissent mal assurées. L’impact environnemental ne nous paraît pas négligeable pour l’avifaune et pour l’image de Peisey qui risque d’être complètement bouleversée.

Aussi, nous proposons que les études portant  sur l’analyse économique du projet ainsi que sur les raisons de la désaffection (toute relative..) des skieurs pour ce massif soient approfondies.

En cas de réponse favorable de la commission UTN, nous souhaitons que des mesures compensatoires importantes l’accompagnent . Par leur caractère réglementaire (arrêté de biotope, site classé, réserve naturelle, extension du PNV...) elles pourraient décourager d’autres projets et concrétiser le désir souvent affiché des communes de préserver leur patrimoine.

Nous pensons particulièrement à l’abandon (Conformément à l’arrêté ministériel du 15 juin 1982.) de tout projet d’extension de remontées mécaniques dans le Vallon des Rossets, dont l’intérêt en terme de taxes perçues par la commune de Peisey serait ridicule par rapport à celles attendues du fait de la réalisation aujourd’hui évoquée. De même, la station de La Plagne, devrait abandonner tout projet d’extension de remontées sur le glacier du Cul du Nant, et en direction du Mont Jovet et du Dou de Moutiers. La partie inférieure de la face Nord de Bellecôte pourrait  être inscrite à l’inventaire Natura 2000 de façon à gérer correctement la survie du petit tétras dans ce secteur.

 

                                      Au nom de l’association: le secrétaire René Pinck.

 

Vivre en Tarentaise

Association agréée pour la protection de la nature.

Le Villaret 73550 les Allues, le 18 avril 1999.