Déposition de Vivre en Tarentaise à propos du projet de retenue colinéaire d’Arc 2000.

 

La station des Arcs souhaite réaliser une retenue colinéaire d’altitude afin d’alimenter un réseau de canons à neige. La capacité de cette retenue serait un peu supérieure à 400 000 m3 et aurait une surface de 45 500 m². Une digue de plus de 15 m de haut sur 200m de long serait construite.

Il s’agit bien sûr pour la station de se prémunir un peu plus contre l’évolution climatique qui fait que l’enneigement semble de plus en plus aléatoire.

 Avant toute chose, il faudrait peut être se demander pourquoi on en arrive à cette situation. L’aggravation de l’effet de serre est provoquée en grande partie par la consommation excessive de produits pétroliers. Il s’agit bien sûr d’un phénomène planétaire. Les pays occidentaux, dont la France, ont leur part de responsabilité dans cette aggravation. La Tarentaise elle aussi en porte une part …En effet chaque week end, 200 000 à 300 000 personnes transitent sur les routes de la vallée. Nombre de ces personnes sont d’origine étrangère et utilisent l’avion pour approcher notre massif. Discours « d’écolo intégriste » diront certains ! Mais il suffit de se reporter au numéro 1530 du journal « La Savoie » du 5 janvier pour constater que la qualité de l’air dans notre vallée est à la limite des taux acceptables de pollution durant 30% du temps…

Les stations de Tarentaise dont celle des Arcs utilisent énormément d’énergie pour le chauffage des logements, pour le damage des pistes, pour le fonctionnement des remontées mécaniques et pour fabriquer de la neige de culture. La compagnie des Alpes consomme annuellement 90 GW.H d’électricité: 58% pour les remontées mécaniques et 14% pour la neige artificielle.

Cette introduction paraîtra sans doute hors sujet à certains lecteurs. Elle pourrait s’appliquer à presque toutes les stations de ski évidemment. Mais il s’agit d’une question qui nous interpelle tous dans nos comportements. En effet le tourisme d’hiver, qui nous fait vivre, contribue à augmenter l’effet de serre et les stocks de déchets nucléaires. N’est-il pas temps au moins d’acheminer les touristes en bus ou en train au lieu de dépenser des sommes folles dans un réseau routier inutile durant une grande partie de l’année ?

 

Le développement envisagé de l’urbanisme.

On note page 33 du dossier que la consommation actuelle d’eau pour la neige artificielle est de 200 000m3. Il s’agit souvent d’eau potable et la gestion de cette ressource est délicate. D’autre part, on apprend que des extensions de lits touristiques sont envisagées sur les trois sites des Arcs.

A l’heure ou nombre de personnes sont interpellées par les risques qui planent sur l’économie de la vallée, on est surpris de constater qu’aux Arcs, on pense encore à la croissance !

Il est de notoriété publique que l’espace en Tarentaise est limité. Il est difficile de rénover des lits « froids ou banalisés » tant qu’il apparaît des lits nouveaux… Les embouteillages sur la RN 90 font la une des grandes chaînes de télévision. Les stations d’épuration de la vallée en saison touristique sont largement dépassées par les flots d’eaux usées à traiter. On va chercher de l’eau potable de plus en plus loin pour répondre à la demande des résidences de luxe. L’évolution climatique pointe son nez avec insistance. La concurrence d’autres destinations se fait pressante. Des « délocalisations » sont en cours (avec évidemment autant de problèmes environnementaux)…

Différents lecteurs nous accuseront encore une fois d‘être hors sujet.  Mais, cette retenue colinéaire n’est en fait  qu’une fraction d’une vaste machine dont il est permis de penser qu’elle est parfois sans pilote.

 

On vit bien en Tarentaise aujourd’hui. Il y a eu dans le passé et il y aura sans doute à l’avenir des hivers avec peu de neige. L’évolution climatique qui justifie au moins en partie le projet évoqué aujourd’hui devrait conduire nos responsables à stopper d’urgence le développement des nouvelles urbanisations touristiques et à réfléchir à une réorientation du tourisme en Tarentaise. Mais à la lecture du dossier on constate qu’il n’en est rien. Et si le réchauffement climatique rendait ce projet complètement inutile ?

Une charte de développement vient d’être adoptée par les élus de Tarentaise. Son axe premier fait de l’environnement une priorité ! Il est bien évident que cette réalisation aura un impact paysager non négligeable. Mais ce paysage a été tellement remodelé que cela n’apparaît plus comme une priorité sur ce site. On déplacera une population de grenouilles rousses (milieu humide de 2000m²) figurant sur la liste nationale des espèces protégées, même si la loi restreint à priori ce genre d’opération. Est-ce qu’une étude a permis de conclure que ce transfert permettrait la survie de ces batraciens ? Le ruisseau de Pissevieille sera asséché un peu plus en hiver aux dépens de la vie aquatique. Il est répété à plusieurs reprises dans le dossier qu’il n’y a pas de poissons dans ce dernier cours d’eau. Comme si la vie aquatique se limitait aux poissons.

 

Et si la digue venait à céder ?

C’est évidemment la question qui vient immédiatement à l’esprit. On note qu’une vidange rapide nécessiterait quand même 10 jours ! La lecture des documents montre que ce projet date de plusieurs années et que de nombreuses études géologiques, hydrauliques et nivologiques ont été menées pour aboutir à la mouture actuelle. Il faut espérer que les services de l’Etat ont bien fait leur travail car  les comptes-rendus annexés ne sont pas aisément compréhensibles pour le commun des mortels.

On lit page 22 qu’un drain collectera les eaux ayant réussi à circuler sous les membranes qui vont être mises en place au fond de la retenue. Le paragraphe concernant l’origine des dolines et leur influence sur la stabilité de l’édifice envisagé n’est pas bien clair. On note page 112 que des failles feront l’objet d’études dont les résultats seront connus sans doute dans plusieurs années…

En ce qui concerne les séismes, on apprend page 114 que l’ouvrage a été prévu pour résister à des accélérations de 0,1 « g » alors que des séismes de 0,08g sont possibles sur le site. La marge paraît bien mince…

Enfin page 115 on envisage le risque de surverse par suite d’une avalanche exceptionnelle dans le lac. La surveillance régulière du lac et une vidange partielle en cas de très grosse chute de neige devrait répondre à ce risque. On retient malgré tout, la prudence de l’auteur de ces lignes qui avance que les phénomènes exceptionnels sont relativement imprévisibles. Il est vrai qu’une grande partie de la population tarine vit sous le lac du Chevril.

 

Le remplissage multiple de la réserve.

La retenue sera remplie une première fois en période de fonte des neiges, mais comme les « besoins » sont estimés à 700 000 m3, il sera nécessaire de recourir soit à l’eau du torrent de ¨Pissevieille , soit aux captages d’eau potable d’Arc 2000 en période creuse pour aboutir à deux autres remplissages. Il y aura donc un impact négatif sur la vie aquatique. On constate que la puissance des pompes nécessaires pour refouler l’eau en altitude sera de 355 kw et 22 kw ou bien de deux fois 200KW. Encore une opération coûteuse énergétiquement qui nous renvoie à notre introduction…

 

Les transferts d’un bassin versant vers l’autre.

Sur les 700 000 m3 d’eau prélevés sur le bassin d’Arc 2000, seuls 172 00 seront utilisés sur cette vallée. Le reste soit 75% sera transféré sur le versant d’Arc 1600 ou 1800. Quel impact ce transfert pourra t-il avoir sur le régime de crue des ruisseaux du versant ?  Cette question n’est pas négligeable.(Les résultats de l’étude envisagée seront connus après la fin des travaux). En effet, il faut savoir que suite au développement de l’urbanisme et au  nivellement des pistes de ski, les crues torrentielles des torrents des Villards, du Saint Pantaléon, de Preissaz se sont notoirement aggravées depuis 15 ans. La dégradation des lits de ces cours d’eau est telle que des travaux d’envergure et pour un montant de l’ordre de 12M€ sont nécessaires. Les collectivités locales n’ont pas pu à ce jour les  financer.

On note que la SMA est prête à investir 7,2M€ dans le projet de retenue colinéaire. D’autre part, l’enneigement artificiel d’un hectare de piste reviendrait à 152 000 euros (site des Arcs) et nécessiterait 25 000kw.h  chaque année (site de Mountain wilderness). Il est question de prévoir l’enneigement de 138 ha ou 152ha en comptant Villaroger. La station des arcs possède actuellement 11 enneigeurs à turbine à 38 000 € pièce et 60 canons à perche pour 12 000 € l’unité. Tous ces chiffres laissent le néophyte un peu rêveur …

 

Le chantage à l’emploi.

Une grande partie du personnel de la station a été priée de déposer favorablement. Un appel du même genre est lancé sur le site internet de la station. Si la retenue n’est pas réalisée tout le monde va se retrouver au chômage ! C’est faux car 40% des personnes qui viennent séjourner en station ne font pas de ski !

 

En conclusion, qu’est ce qui serait raisonnable ?

Actuellement la station est capable de fournir 200 000 m3 d’eau pour l’enneigement artificiel. Le dernier Noël a été particulièrement pauvre en neige et la fréquentation a rarement été aussi bonne…D’après la population locale les pistes étaient malgré tout skiables. Bien sûr il faut puiser dans les réserves d’eau potable, mais si l’on abandonnait ces projets délirants d’extensions touristiques, il est probable que le statut quo  ne serait pas catastrophique. Dans ce cas des travaux coûteux en argent, en énergie, en effet de serre ne seraient pas nécessaires. Aucun risque ne planerait sur la tête des habitants de Longefoy ou du village canadien…

Il faut aussi envisager que d’autres activités sont possibles en montagne : le ski de fond, la raquette, la peau de phoque, la marche à pied. La découverte du patrimoine local. Il n’y a pas besoin de beaucoup de neige pour cela.

Des sommes considérables pourraient être consacrées à la valorisation du patrimoine local ou à la stabilisation des torrents du versant des Arcs. Vivre en Tarentaise espère que la raison l’emportera pour réorienter le dossier vers une réduction très importante de la capacité envisagée.

Si comme nous le craignons, un avis favorable devait être donné, il serait surprenant qu’il ne soit pas assorti de conditions stipulant la fin du développement quantitatif de l’urbanisme sur les trois sites des Arcs et le financement par la CDA des travaux de stabilisation des cours d’eau.

Enfin, compte tenu de la consommation énergétique très importante associée aux sports d’hiver, il parait indispensable que toutes les stations, dont celle des Arcs évidemment, présentent un plan ambitieux d’économies d’énergies : transports en commun à longue distance pour l’acheminement des touristes, mise en place de centrales solaires photovoltaïques,  pose de capteurs solaires thermiques pour chauffer partiellement les logements, développement des pompes à chaleur associées à des forages géothermiques. L’énergie électrique qui  est massivement utilisé en montagne pour le chauffage serait ainsi mieux utilisée.

 

Au nom de l’association, le président Alain Machet,  le 19 janvier 2007.

 

 

Vivre en Tarentaise. Association agréée pour la protection de la nature.

Le Villard d’Amont 73210 Landry