Quelle place pour les deux roues, les
quads et les véhicules 4X4 en Tarentaise ?
Il ne
s’agit pas ici de faire une chasse
systématique à ces engins qui peuvent rendre à l’évidence de nombreux services.
Il est clair que les jeunes ont besoin de circuler dans la vallée pour
pratiquer différentes activités. Les quads peuvent parfois faciliter le travail
des agriculteurs. De la même façon les
véhicules à quatre roues motrices peuvent rendre des services aux habitants des
villages isolés qui ne sont pas toujours bien déneigés.
Un constat.
De
nombreux deux roues circulent sur route ou en ville sans respecter la
législation en matière de bruit, de cylindrée ou d’immatriculation.
Différentes
« motos » roulent et en grand nombre dans les prés ou sur les sentiers.
Cette pratique est parfaitement illégale.
Des
motos non immatriculées circulent sur route alors que leur usage est
strictement limité par la loi aux terrains réservés à cet usage. Il n’y a pas de terrain de ce type en Tarentaise.
Des
quads, des motos, des 4x4 parcourent les pistes d’alpage ou les voies forestières.
Les
ventes de quads explosent dans la vallée.
Des
stations, des organismes, proposent des locations, des circuits, voire des
traversées dans tout l’arc alpin.
Des
démonstrations, des compétitions sont
proposées dans certaines stations de ski.
Le contexte législatif.
Il
est largement constitué de la loi 91.2 du 3 janvier 1991.
Citons
notamment :
Art.
1er : En vue d’assurer
la protection des espaces naturels, la circulation des véhicules à moteur est
interdite en dehors de voies classées dans le domaine public routier de l’Etat,
et des communes, des chemins ruraux et voies privées ouvertes à la circulation
publique des véhicules à moteur.
Art
2ème extraits
L’ouverture
de terrains pour la pratique de sports motorisés est soumise aux dispositions
de l’article L 442-l du code de l’urbanisme.
Les
épreuves et compétitions de sports motorisés sont autorisées, dans des conditions définies par décret en
Conseil d’Etat, par le représentant de
l’Etat dans le département.
L’utilisation
à des fins de loisirs, d’engins motorisés conçus pour la progression sur neige
est interdite.
Art.
5. - L’article L. 131.4.1 du code des
communes est ainsi rédigé :
«Art;
L; 131.4.1 » Le maire peut, par
arrêté motivé interdire l’accès de certaines voies ou de certaines portions de
voies ou de certains secteurs de la
commune aux véhicules dont la circulation sur ces voies ou dans ces secteurs est
de nature à compromettre soit la tranquillité publique, soit la protection des espèces
animales ou végétales, soit la protection des espaces naturels, des paysages ou
des sites ou leur mise en valeur à des fins esthétiques, écologiques,
agricoles, forestières ou touristiques.
Art.
12. Est interdite toute forme de
publicité directe ou indirecte présentant un véhicule en situation d’infraction
aux dispositions de la présente loi.
Art.
13. Les associations agréées en
application de l’article 40 de la loi n° 76-629 du 10 juillet 1976 relative à
la protection de la nature peuvent exercer les droits reconnus à la partie
civile en ce qui concerne les faits constituant une infraction aux dispositions
de la présente loi ou des règlements et arrêtés pris pour son application et portant
un préjudice direct ou indirect aux intérêts collectifs qu’elles ont pour objet
de défendre.
Récemment
la ministre de l’écologie et du développement durable a transmis une circulaire
aux élus et aux préfets en leur demandant de faire appliquer cette loi.
Pour
la consulter : http://www.juridique.espaces-naturels.fr/adminaten/upload/Circulaire
quads et autres.pdf
Le
code de la route permet de verbaliser
tout véhicule qui paraît exagérément bruyant sans qu’aucune mesure au sonomètre
ne soit nécessaire.(articles R 325.8 et 318.3) C’est
le texte le plus fréquemment utilisé par les forces de l’ordre pour verbaliser
les personnes qui exagèrent. Une contravention de 3ème classe est
dressée et le matériel peut être saisi.
Le
code pénal (article R 623.2) réprime le
bruit ou le tapage nocturne troublant la tranquillité. Ce texte peut être
invoqué pour sanctionner un comportement anormalement bruyant. (Contravention
de 3ème classe et saisie du matériel).
Le
niveau sonore mesuré hors sur régime,
doit être compris entre 66dBA et 80dBA suivant la puissance et la vitesse
maximale des engins. (décret 75.960 du 17 octobre 1975
et code de la route article 321.4).
Beaucoup
de pots d’échappement ne sont pas conformes aux normes : 90% des
silencieux montés en remplacement sont illégaux …) Les professionnels
connaissent la réglementation, mais se réfugient derrière un formulaire rempli
par l’acheteur déclarant vouloir utiliser le dit dispositif uniquement sur
circuit spécial….Pourtant, des sanctions sont applicables aussi bien au vendeur
qu’à l’acheteur.
Une
législation européenne devait être mise en œuvre dans le domaine du bruit des
deux roues. Où en est elle ? La France a-t-elle transcrit cette
législation ?
Où est le problème ?
Les
nuisances sonores et la dégradation de la valeur de nos sites.
Elles
sont évidentes et supportées par la population locale dans les villes, dans les
villages, mais aussi par les touristes. Ces nuisances sont insupportables dans
plusieurs secteurs de la vallée. Faut-il rappeler que la qualité recherchée en premier
dans le choix d’une destination par nos visiteurs est le silence.
La
circulation illégale d’engins motorisés dans le milieu naturel porte atteinte
au caractère de nos montagnes. Elle dégrade la qualité de nos sites. Elle est
source de stress pour les habitants permanents ou temporaires. Elle freine le
maintien et le développement du tourisme patrimonial. Les touristes échaudés
fuient… Les images diffusées par la presse et la publicité brouillent l’image
de la montagne dans l’esprit du grand public.
Les
incivilités :
On
laisse se développer une pratique illégale, alors que d’autres pratiques sont
réprimées (à juste titre) : excès de vitesse et stationnement abusif. De
plus cette pratique illégale n’a d’intérêt pour ses adeptes, que dans le milieu
naturel…
Le
pétrole devient une ressource rare et chère. On demande à nos concitoyens
d’économiser l’énergie dans tous les domaines. On s’inquiète des conséquences
de l’effet de serre sur l’enneigement des domaines skiables. Est-il raisonnable
de laisser vendre et utiliser, à des fins de loisirs, des engins qui
contribuent à gaspiller des hydrocarbures et à polluer notre atmosphère ?
Les
emplois : il est vrai qu’un petit
nombre de personnes vivent en vendant, en louant, en entretenant ces engins.
Mais quel est leur nombre ? Combien de personnes renoncent à un séjour en
montagne à cause de la perte de caractère induite par la présence d’engins
motorisés dans nos espaces naturels.
La
régression du tourisme d’été.
C’est
un fait incontestable. Il faut y remédier. Mais auparavant, il faut en analyser
les causes et veiller à présenter les atouts de la montagne d’été ou
d’intersaison de façon cohérente. La qualité des sites et des paysages, doit
être mise en avant. Mais il faut surtout communiquer en évitant les
contradictions. On ne peut pas promouvoir la valeur de notre patrimoine et parallèlement
proposer des activités bruyantes et polluantes à nos visiteurs. De la même
façon il ne faut pas se montrer frileux en matière de protection des sites. Il
y a aussi d’autres raisons au déclin du tourisme d’été en montagne.
Que faire ?
Faire
connaître et respecter la loi. Une action d’information régulière ou répétée doit
être menée auprès de toute la population de la vallée. Les bulletins municipaux
pourraient y contribuer.
Tous
les élus ne sont pas bien informés de cette loi. Dans l’Isère, un livret
d’information a été rédigé par le Conseil Général, en collaboration avec les associations
de protection de la nature, à destination des élus.
Pourquoi
pas un tel livret à destination des élus, mais aussi des motards ou
« quadistes » ?
Demander
à tous les agents susceptibles d’intervenir de le faire : police
nationale, gendarmes, agents ONF, du PNV de l’ONC…Pourquoi ne pas demander aux
polices municipales de réprimer les pratiques illégales ? Que sont devenus
nos gardes champêtres ? N’oublions pas que les Maires sont responsables
du respect de la loi sur le territoire de leur commune.
Des
contrôles dans les quelques grands points de vente d’essence de la vallée
permettraient rapidement d’identifier les propriétaires de motos non immatriculées
et circulant sur les routes.
En ce
qui concerne le bruit : pourquoi ne pas faire équiper les stations de
contrôle technique de la vallée de dispositifs de mesure du niveau sonore des
véhicules ? Les agents assermentés auraient alors la possibilité de faire
effectuer des contrôles.
Les
maires pourraient rédiger des arrêtés municipaux limitant l’accès des pistes
d’alpage ou forestières aux seuls exploitants.
Une signalétique et des barrières devraient
être mises en place. C’est ce qui a été fait par exemple en Auvergne. Cette destination
est devenue l’une des premières en matière de tourisme vert devant la
montagne…
Pourquoi ne pas imposer aux
vendeurs et loueurs de motos ou de quads
la remise à chaque client d'une plaquette de rappel de la loi ? La préfecture
pourrait également la joindre à toute demande de carte grise pour de tels
véhicules.
La
poursuite du laisser faire actuel risque de conduire à une situation
catastrophique pour notre qualité de vie et pour le tourisme en montagne. Le nombre de propriétaires de quads réclamant des terrains
d’évolution va inévitablement poser problème, si on ne veille pas à encadrer
clairement et strictement les activités de loisirs motorisés en montagne.
Une
politique menée et décidée à l’échelle de la vallée serait sans doute plus facile à présenter pour les élus.
Elle aurait le mérite de la cohérence avec d’autres intentions affichées :
économies d’énergie, gestion durable, attention portée aux sites et au patrimoine, tourisme
d’été etc…
Quel
parti prendre à propos des « terrains » autorisés à ces pratiques de
loisirs ?
Le
souci de trouver un compromis conduirait à proposer que l’on soit strict dans
l’application de la loi en milieu naturel et que l’on permette une pratique
limitée sur quelques circuits autorisés. C’est d’ailleurs cette position que
les associations depuis l’adoption de la loi 91.2 ont adoptée. Mais, il faut
bien reconnaître que la tolérance dont le milieu associatif a fait preuve
vis-à-vis des circuits de moto neige en station n’a pas été récompensée par une
vigilance accrue des pouvoirs publics en dehors de ces fameux itinéraires
autorisés. Depuis plusieurs années, les circuits ouverts (plus ou moins
légalement) aux quads se multiplient.
Pour
des raisons déjà évoquées plus haut ces pratiques nous semblent aujourd’hui condamnées
à disparaître (effet de serre, coût du pétrole, citoyenneté, image de la
montagne..)
Et
les compétitions ou démonstrations d’engins motorisés?
Ces
manifestations constituent une publicité indirecte pour des pratiques dont nous
avons déjà souligné tous les effets néfastes. Bien sûr elles contribuent
parfois au remplissage des hôtels, mais combien de randonneurs ont choisi
d’autres destinations à cause de la présence de ces engins bruyants et
polluants.
Encore
une fois, il n’est pas cohérent d’attirer l’attention de nos concitoyens sur la
nécessité de respecter l’environnement, de limiter les changements climatiques
et parallèlement de laisser se développer des comportements contraires à ce
message de sagesse.
Et si on faisait de notre vallée un lieu d’éducation à la
citoyenneté et à l’environnement ?
Alain
Machet, Président de l’association Vivre
en Tarentaise.