Voilà ci-dessous une argumentation, que nous partageons avec Greenpeace, sur le nucléaire et son soi-disant effet sur la réduction de l'effet de serre.

Vivre en Tarentaise.

 

Briefing presse – septembre 2007

Greenpeace France - 22, rue des Rasselins, 75020 Paris - Tel. 01 44 64 02 02 - Fax : 01 44 64 02 00 - www.greenpeace.fr

 

Le nucléaire n’est pas une solution à l’effet de serre

À l’heure où les changements climatiques, les promoteurs de l’industrie nucléaire sont

tentés de promouvoir, un argument que contestent toutes les associations de défense

de l’environnement pour de multiples raisons.

 

Le nucléaire est inefficace en terme de réduction d’émissions de CO2

Admettons qu’on relance massivement le nucléaire à l’échelle mondiale d’ici 2030.

Selon l’économiste Benjamin Dessus et l’ancien expert du Comité à l’énergie atomique

Philippe Girard1, multiplier par trois le nombre de centrales dans le monde ne réduirait

les émissions de CO2 que de 9 %..Un résultat très faible en termes de lutte contre les

changements climatiques, qui impliquerait un investissement astronomique –

780 milliards d’euros, un tiers de l’aide publique au développement ! –, et qui

entraînerait l’épuisement des réserves mondiales d’uranium dès 2030…

 

Le nucléaire n’alimente pas les secteurs les plus émetteurs de CO2

Contrairement au pétrole ou au charbon, le nucléaire émet certes peu de gaz à effet de

serre. Mais il représente moins de 3 % de la consommation finale d’énergie au niveau

mondial – seulement 17 % en France, où il est pourtant omniprésent. Les besoins

couverts par le nucléaire ne concernent que l’électricité, soit au maximum un quart de

nos besoins énergétiques. Il est totalement inopérant dans d’autres secteurs fortement

émetteurs de CO2, comme les transports. Ainsi, les 440 réacteurs actuellement en

activité dans le monde ne permettent d’économiser que 4 à 6 % des émissions de

CO2.

 

Le nucléaire est hors délais face à l’urgence climatique

Pour lutter contre l’effet de serre, c’est aujourd’hui qu’il faut transformer les modèles

énergétiques des pays développés et aider les pays en développement à s’engager

dans une bonne maîtrise de l’énergie. Dans 20 ou 30 ans, il sera trop tard. Impossible,

donc, de miser sur des débouchés hypothétiques comme le nucléaire de 4e génération,

qui ne sera pas opérationnel avant 2040, ou encore la fusion nucléaire, qui ne serait

disponible qu’après 2050 ! Il sera trop tard pour agir.

 

Le nucléaire n’est pas une énergie renouvelable

Les ressources en combustibles nucléaires sont limitées dans le temps. Les réserves

d’uranium, qui alimentent les réacteurs, sont estimées à 60 ans au rythme de

consommation actuelle. Un délais très court, qu’il faudrait encore revoir à la baisse si le

secteur devait se développer. Un tel constat exclut une relance massive sur la base de

réacteurs classiques à uranium enrichi. Quant à aux réacteurs de 4e génération, qui

fonctionneraient à partir de plutonium, ils ne seront pas disponibles avant 2040 et

fonctionnent à partir de plutonium, un combustible qui multiplie les risques de

prolifération et de détournement des matières fissiles.

 

Le nucléaire est incompatible avec une politique d’efficacité énergétique

Le constat est unanime : prendre des mesures d’efficacité et de sobriété énergétiques

est une priorité pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Elles recèlent un

potentiel supérieur, elles sont plus rentables et leurs effets sont plus rapides que le

nucléaire. Le dispositif français, caractérisé par sa surcapacité, entraîne à l’inverse un

phénomène de gaspillage énergétique considérable :

 

- les centrales ont besoin de fonctionner jour et nuit pour être amorties, quelle

que soit la demande d’énergie ;

 

- la surcapacité induit des réflexes de gaspillage considérables et maintient l’idée

selon laquelle plus de consommation équivaut à plus de confort .

 

- cette surcapacité crée des excédents qui sont revendus à un coût marginal et

qui sapent le développement des alternatives ;

 

- le système électrique ultra-centralisé imposé par le nucléaire provoque un

gaspillage (autoconsommation des centrales et pertes en ligne sur le réseau

électrique) qui représente l’équivalent de la production de 7 réacteurs.

 

Le développement du nucléaire se fait aux dépends des renouvelables

Le nucléaire cannibalise environ 80 % des budgets de recherche et développement

dans le secteur de l’énergie et freine ainsi l’expansion des énergies renouvelables.

 

Le nucléaire est très sensible aux changements climatiques

En été, le rendement d’une centrale se dégrade. Les réacteurs doivent même être

arrêtés si la température devient excessive… Ainsi, en 2003, durant la canicule, alors

que le pays entier – les agriculteurs notamment – manquait d’eau, il a fallu arroser le

toit de la centrale de Fessenheim pour la maintenir en fonctionnement. Au regard des

conséquences prévisibles des changements climatiques, des épisodes comme celui de

Fessenheim ne manqueront pas de se reproduire. L’alimentation en eau des centrales,

se fera au détriment de la biodiversité des cours d’eau, ou au prix de la création de

circuits fermés complexes et coûteux… Tandis que les risques d’inondations ne

manqueront pas de menacer ces installations une majorité de centrales situées à

proximité de rivières ou de la mer.

 

Le nucléaire est réservé aux pays riches

« Les sommes colossales englouties dans le nucléaire mondial ne serviront jamais à la

moitié pauvre de l’humanité », écrivait le chancelier Willy Brandt dans son testament2.

La lutte contre les changements climatiques est l’affaire de tous, y compris des pays en

voie de développement qui utilisent principalement des sources d’énergie fortement

émettrices en carbone. Or pour ces pays, pas question pour eux de geler les lourds

investissements exigés par le nucléaire pendant des périodes excessivement longues

au regard des délais de construction… De plus, la construction de centrales nucléaires

nécessite un important réseau électrique de lignes très haute tension pour absorber la

grosse quantité d’électricité produite en un lieu. Un tel réseau,très cher et fragile,

n’existe pas dans la plupart des pays émergents. Sans compter le développement

d’une industrie lourde et des personnels hautement qualifiés à former, payer… Le

nucléaire est donc une solution qui n’est pas universelle contrairement aux énergies

renouvelables.

 

Le nucléaire est exclu des mécanismes de Kyoto

Les pays membres de la Convention cadre des Nations unies sur les changements

climatiques ont exclu le nucléaire des mécanismes de flexibilité du protocole de Kyoto,

c’est-à-dire des mécanismes qui permettent à un pays de faire autre chose que

diminuer ces propres émissions (marché de CO2, développement d’infrastructures

dans un pays du sud, etc.). Pourquoi ?

 

- parce qu’il est impossible de s’engager sur des délais de construction et donc

de donner une valeur aux émissions, qui restent toujours incertaines ;

 

- parce qu’un mécanisme économique d’incitation comme le prévoit Kyoto a peu

d’influence sur des choix avant tout politiques et dépendant des autorités

publiques, comme c’est le cas du nucléaire ;

 

- enfin parce que les questions de la prolifération, de la surcapacité des

réacteurs, des déchets etc. se posent avec encore plus d’acuité dans les pays

en développement.

 

1 Voir le scénario « Sunburn » de Benjamin Dessus et Philippe Girard, dans les Cahiers de Global

Chance, n° 21, mai 2006, www.agora21.org/global-chance/GC-N-21.pdf

 

2 « Nord-Sud un programme de survie », testament du Chancelier Willy Brandt.