Les stations de ski et l’environnement.

 

La presse locale se fait parfois l’écho des efforts entrepris par nos stations en matière d’environnement, tandis que "des écologistes intégristes qui ne connaissent pas le terrain rêvent d'une montagne sans hommes".

 

Il est clair que Vivre en Tarentaise ne peut que se réjouir de voir telle ou telle station reverdir ses pistes, supprimer des pylônes ou enterrer des câbles disgracieux. Certaines de nos usines à ski signent des contrats d’approvisionnement en électricité provenant à 100% de sources renouvelables. La consommation énergétique des canons à neige serait négligeable par rapport à celle de l’agriculture et l’eau des retenues colinéaires n’aurait aucun impact sur le milieu naturel puisqu’elles seraient remplies en période de fonte des neiges. Enfin, cerise sur le gâteau, le bruit serait un souci quotidien  pour nos gestionnaires de domaine skiable. Bien sûr, la station serait conforme aux fameuses normes ISO 14001.

 

Il nous serait facile de répondre que s’il n’y avait pas de stations en Tarentaise, les problèmes d’environnement seraient beaucoup moins aigus, aussi nous essayerons d’approfondir le sujet sans nous limiter au vernis des apparences. Il n’est pas question de réécrire l’histoire, les stations sont là et pour le moment  font vivre des milliers de personnes. Mais tout n’est pas rose ou vert pour autant !

 

Le reverdissement des pistes de ski est la suite logique du remodelage presque systématique effectué sur nos domaines skiables de façon à assurer la saison avec 20cm de neige. Malheureusement, ces efforts doivent être poursuivis car le sol a été tellement remanié qu’il peine à nourrir une herbe plutôt clairsemée. Parfois ces travaux amplifient des phénomènes de ruissellement qui déstabilisent  des torrents et provoquent des crues catastrophiques comme sur le versant des Arcs. La collectivité responsable n’a toujours pas trouvé les financements nécessaires (douze millions d’euros) pour stabiliser ces cours d’eau "capricieux".

 

Les stations d’épuration de nos prestigieuses stations sont bien insuffisantes aujourd'hui pour traiter les eaux usées de nos villes d’altitude. Qui a oublié la surprise des agents EDF visitant la canalisation qui relie le Doron de Belleville au lac de la Coche l’hiver dernier?... Passons sur les détails, mais le mot égout conviendrait mieux. Nombre de sites urbanisés rejettent directement dans nos cours d’eau ces eaux non épurées.

 

Nos stations contribuent aussi de façon massive à l’effet de serre et ceci par deux voies : on chauffe en altitude des milliers de logements qui ne sont pas toujours très bien isolés : 350  000 lits en Tarentaise.

A quand un programme ambitieux d’isolation des logements et de recours à l’énergie solaire si abondante dans notre région ?

D’autre part, le remplissage de ces appartements chaque semaine génère des déplacements de masse sur de longues distances. Le recours à l’avion est de plus en plus fréquent même si l’automobile individuelle reste le mode d’accès privilégié. A quand une amplification importante de l’offre de transports collectifs à destination de nos massifs.

 

         L’alimentation d’une ville en électricité d’origine solaire ou nucléaire est toute théorique. En fait il est impossible de déterminer la provenance de l’électricité que l’on consomme, de la même façon que pour l’origine de l’eau d’un réseau d’adduction interconnecté.  Mais chacun doit savoir que l’électricité française est à 80% d’origine nucléaire. Il n’y aura pas de miracles avec des véhicules électriques soi-disant non polluants tant que nos choix dans ce domaine n’auront pas été remis en question. Le temps nécessaire pour que un kilogramme de plutonium perde la moitié de ses noyaux radioactifs est de 24 000 ans. Aucune solution satisfaisante n’existe aujourd'hui pour stocker ces déchets à long terme. Si l’Inde devait adopter la même stratégie que la France, elle devrait construire 1000 réacteurs nucléaires. Qui peut penser que cela est possible et raisonnable ? Pourquoi nous et pas eux ?

 

         Il nous faut réduire notre consommation d’énergie dans tous les domaines. Quand on affirme que la consommation des canons à neige est négligeable par rapport à celle de l’agriculture, on devrait dire qu’elle est inférieure, mais est-ce une raison valable pour ignorer cette dépense contestable. Si chaque français remplaçait une lampe à filament par une lampe à basse consommation, on économiserait la puissance d’une centrale nucléaire ! Est-ce négligeable ?

 

Si les élus de Tarentaise voulaient bien investir dans des dispositifs d’économie d’éclairage public, cette facture pourrait être divisée par deux en quelques années. L’investissement nécessaire serait  remboursé en 3 ans. Vivre en Tarentaise attire sans succès l’attention des élus de Tarentaise sur ce sujet depuis au moins dix ans !  Pourquoi ????..... Pourtant le budget éclairage d’une station de ski est très important…De plus, on éclaire souvent les montagnes et l’on organise des séances de ski la nuit….On vit une époque formidable !

 

La gestion quantitative de la ressource en eau devient également un enjeu majeur en Tarentaise. Il est vrai que le remplissage en période de fonte des neiges d’une retenue colinéaire a peu d’impact sur le milieu aquatique, mais le plus souvent ces réservoirs d’altitude doivent être remplis une deuxième ou une troisième fois avec l’eau des ruisseaux en période d’étiage. Dans ce cas les effets sont catastrophiques pour la vie aquatique. Le développement non réfréné des capacités d’hébergement pose également un problème de fourniture d’eau potable. La mode des jacuzzis, des centres thermo-ludiques, etc.., ne facilite pas  la gestion de cette ressource rare qu’est l’eau potable.

 

En ce qui concerne le bruit, Vivre en Tarentaise est ravie d’apprendre qu’il s’agit pour nos responsables d’un souci quotidien en station. Mais alors à quoi bon le Salon du 4x4, les centaines de motoneiges ou de quads qui circulent en hiver ? Pourquoi favoriser le développement de pratiques contraires au civisme en organisant des démonstrations ou compétitions de sports motorisés ?

 

En matière de tri sélectif, nos stations ont de gros efforts à faire. Le sujet n’est pas facile, mais il ne faut pas renoncer ! En Savoie, le taux de recyclage est de 19%. Ce n’est pas très brillant…En Tarentaise, seuls le canton d’Aime et la CCVA parviennent à cette moyenne…Aux Arcs par exemple pour 2300 tonnes d’ordures ménagères non recyclées on collecte 93 tonnes dans les containers destinés au recyclage….Soit même pas un pour cent de recyclage ! A quand une démarche collective de nos stations dans ce domaine ?

 

La Tarentaise est vaste et il est difficile de la connaître dans son intégralité. Mais chacun à sa place et avec ses responsabilités doit agir pour assurer l’avenir de nos enfants. Chacun peut apporter sa pierre et la concertation entre tous les acteurs semble plus que jamais nécessaire. Modération, modération…

 

Alain Machet,