Déposition de Vivre en Tarentaise lors de l’enquête publique

relative à l’extension de la zone artisanale des Iles (Aime).

 

L’association Vivre en Tarentaise a pris connaissance du projet d’extension de la zone artisanale des Iles située sur la commune d’Aime. Ce dossier inclut la réalisation d’un chenal de crue destiné à limiter les risques d’inondation de la zone déjà urbanisée.

         Vivre en Tarentaise est consciente de la demande qui existe de la part des artisans ou commerçants qui souhaitent s’installer ou développer leur activité dans la vallée. Ce point est largement développé dans le document présenté à l’enquête. Le « service à la personne » conduirait à proposer des commerces de proximité aux habitants. « L’évasion commerciale » constatée sur la commune d’Aime justifierait donc en grande partie l’extension projetée.

         Vivre en Tarentaise tient à faire remarquer que ce phénomène existe aussi sur Bourg Saint Maurice et Moutiers pourtant largement pourvus en grandes surfaces de toutes sortes. Il est clair par exemple, que l’ouverture l’année passée d’un magasin de la marque « Vieux campeur » à Albertville a drainé un public important qui n’a malheureusement pas hésité a parcourir 50 ou 60  km en automobile pour profiter d’une offre différente de celle pratiquée en Tarentaise.

La première question qui est posée à travers de dossier est la question du maillage souhaitable pour chaque type de commerce dans notre vallée. Vivre en Tarentaise  n’a pas la prétention de répondre seule à cet épineux problème où il faut trouver un compromis entre proximité, économies de carburant, qualité, « prix compétitifs », et gestion de l’espace. La réponse à apporter n’est sans doute pas la même suivant que l’on s’intéresse aux achats de première nécessité (nourriture) ou à des achats ponctuels de vêtements ou de matériel de  bricolage. L’existence des marchés très fréquentés de Moutiers et Bourg Saint Maurice doit être prise en compte dans cette réflexion.

         La deuxième question que nous posons, comme d’autres acteurs d’ailleurs, est celle du maintien en fond de vallée de paysages naturels associant vergers, jardins, et pâturages. La RN 90, route d’accès à la Haute Tarentaise, voit passer des millions de touristes. Les images que conservent en mémoire  nos visiteurs sont liées aux paysages rencontrés lors du départ et de l’arrivée. Notre « entrée de Tarentaise » comporte déjà pas mal de points noirs paysagers d’origine industrielle ou commerciale. Il ne nous paraît donc pas raisonnable de poursuivre dans cette voie où chaque collectivité développe des zones urbanisées sans réflexion globale à l’échelle de la vallée. Cette politique du chacun pour soi ne peut conduire qu’à une banalisation dramatique de nos paysages de fond de vallée.

         L’espace en montagne est contraint et la Tarentaise doit faire preuve de responsabilité et de réflexion afin de l’utiliser au mieux. Il convient d’apprendre à utiliser les zones pentues, délaissées par les agriculteurs, tout en veillant à une bonne intégration paysagère. Nous poserons une question peut être un peu naïve : a-t-on songé a développer l’activité de l’unique moyenne surface d’Aime sur deux étages ?

Le fond de notre vallée  pourra t-il  accueillir indéfiniment des zones commerciales ou artisanales ? Cette question mérite d’être posée, car si la qualité paysagère du projet qui nous intéresse aujourd’hui est mise en avant par ses promoteurs, il n’est jamais précisé qu’il s’agit là de la dernière extension ! Faut-il s’acharner à vouloir construire en zone inondable ?

         Les travaux envisagés concernent un ruisseau abritant des écrevisses à pattes blanches. (Espèce protégée). Les aménagements projetés ne touchent pas directement ce petit cours d’eau, mais le chenal de crue qui va être creusé sera très proche de ce biotope très fragile et probablement unique en Tarentaise. Le niveau du chenal sera sans doute inférieur à celui du canal abritant les écrevisses. Durant les travaux, une surveillance sera exercée pour éviter tout assèchement, mais après ? Que se passera t-il en cas de pollution du chenal de crue ? En effet, les eaux de ruissellement des parkings et routes seront déversées dans ce chenal. Il semble malheureusement que les écrevisses soient très sensibles au milieu terrestre environnant.  N’est-il pas profondément regrettable qu’un milieu humide exceptionnel se voit finalement  intégré dans une vaste zone artisanale et probablement condamné à disparaître rapidement pour cause d’assèchement ou de modification de l’environnement? Il paraît pour le moins surprenant que le présent dossier  ne fasse pas l’objet d’une enquête au titre de la loi sur l’eau. Quelle sera l’efficacité du chenal ? Quel avenir pour les dernières écrevisses de Tarentaise ?

         Enfin il paraît clair que personne ne peut nier l’intérêt paysager  et agricole des terrains convoités par ce projet. Certes, la commune prévoit de compenser largement les surfaces de fauche, mais à l’évidence, des surfaces planes très faciles à exploiter vont faire l’objet d’une artificialisation. Nous ne pouvons que le regretter en rappelant que la Haute Tarentaise n’atteint pas hélas, l’autonomie fourragère. Il suffit pour s’en convaincre d’observer les nombreux camions de foins importés en hiver.

         Pour toutes ces raisons, l’association Vivre en Tarentaise souhaite vivement que l’examen de ce dossier soit reporté jusqu’à l’élaboration d’un schéma de cohérence et d’organisation du territoire à l’échelle de la Tarentaise, précisant clairement où et dans quelles limites il paraît raisonnable d’urbaniser.

 

Pour Vivre en Tarentaise le 18 octobre 2006          le président Alain Machet