Association « Vivre en
Tarentaise »
Association agréée pour la
protection de la nature
Le villaret 73550 Les
Allues
le 22 mars 2003
à GEOPLUS
Hélène Luczyszin
Objet : pré-enquête sur la
gestion de l’eau
en amont
d’Albertville.
Madame,
En
réponse à votre questionnaire sur les préoccupations de notre association dans
le domaine de la gestion de l’eau, j’ai l’honneur de vous transmettre une liste
rapide (et en vrac) de sujets qui devraient à notre sens être évoqués dans le
cadre de cette enquête.
Notre
association s’intéresse à la protection de la nature, et à la qualité de vie en Tarentaise. Elle tente
aussi, de lancer quelques idées dans le domaine de la protection et de la valorisation
du patrimoine de la vallée. Par son réseau d’adhérents, elle dispose
« d’observateurs », qui de temps en temps lui permettent de poser aux
différents responsables de notre société des questions sur tous ces sujets.
Nos
préoccupations dans le domaine de l’eau ne sont sans doute pas originales, mais
nous vous en proposons quelques unes ci-dessous.
1°)
Un très grand nombre de communes ne disposent pas de station d’épuration des
eaux usées. Les délais d’attente pour l’obtention des subventions nécessaires
aux travaux sont longs…Et pendant ce temps, le milieu naturel hérite d’eaux
polluées.
2°)
Les stations de ski se dotent massivement de canons à neige. Les prélèvements
dans les ruisseaux (voire dans les nappes d’eau potable) rendent plus
difficiles les conditions de survie de la faune aquatique.
3°)
Le lit de l’Isère est en voie d’artificialisation complète. Cette rivière a
tendance à se transformer en parc d’attraction aquatique. Quel équilibre
peut-on trouver entre les différents utilisateurs, et la protection de la vie
aquatique ? Les variations de niveau de l’eau de cette rivière par suite
des turbinages et des lâchers d’eau nécessaires aux sports nautiques rendent la
reproduction des poissons très difficile. La qualité de l’eau de cette rivière
est souvent limite pour la pratique des sports nautiques.
4°)
L’Isère compte encore des ruisseaux latéraux qui abritent des salmonidés. D’autres plus nombreux en ont
hébergé mais la qualité de l’eau ou l’entretien des lits ne permet plus cette
présence. Un inventaire de ces ruisseaux et des travaux nécessaires serait
intéressant. Souvent, différents obstacles s’opposent à la circulation des
poissons…Parfois, des rejets massifs d’eaux usées ou de petit lait sont
effectués et forment un égout à ciel ouvert. (Exemple en aval de Valezan en
bordure du fameux GR5, très parcouru l’été par les randonneurs….) Une souche
locale de truite existe dans quelques cours d’eau d’après la société de pêche
de Bourg. Il paraît indispensable de la préserver et de la réintroduire partout
où cela semble possible.
5°)
L’impact de l’urbanisation massive en altitude, et des activités mécaniques
liées laissent craindre une dégradation de la qualité des sources en aval et des
stocks d’eau potable.
6°)
Il existe dans la vallée plusieurs anciennes grosses décharges de déchets
ménagers en bordure de cours d’eau. Quel est l’impact de ces déchets recouverts
de terre sur le cours d’eau voisin ?
7°)
De la même façon, notre région connaît des activités industrielles depuis
longtemps. Certaines ont cessé, d’autres continuent. Quel est l’impact de ces
activités passées ou actuelles sur la
qualité de l’eau de l’Isère ?
8°)
La Tarentaise compte de nombreux lacs d’altitude. Elle compte aussi de nombreux
milieux humides. Ces lacs, constituent un patrimoine biologique et paysager
exceptionnel. Certains sont menacés par l’extension de remontées mécaniques,
d’autres par une sur fréquentation due à
la présence de routes d’alpages sur lesquelles la circulation est mal
contrôlée. Différents acteurs se sont penchés sur ces lacs. Il serait
probablement intéressant de faire une synthèse des données à leur sujet et de
compléter les inventaires de façon scientifique.
9°)
L’eau potable est-elle suffisamment surveillée ? Quelle est la fréquence
des analyses de métaux lourds, ou de composés organiques cycliques ?
10°)
La collecte des déchets toxiques, malgré les récents efforts des collectivités,
est encore largement insuffisante. Un politique vigoureuse de sensibilisation
du commun des mortels, des artisans, des agriculteurs….est nécessaire pour
éviter de retrouver tôt ou tard ces substances toxiques dans notre eau de
boisson.
11°)
Les agriculteurs de Tarentaise emploient de plus en plus souvent des engrais.
La vallée dispose d’excédents de fumiers lisiers. Qui mettra fin à cette
aberration ? Ces excédents justement que l’on retrouve parfois (de moins
en moins souvent) dans l’Isère ou dans le Ponthurin.
12°)
Les ouvrages EDF ou les micros centrales devraient laisser la place à la
circulation des poissons et à des débits réservés plus importants que ceux qui
sont concédés aujourd’hui.
13°)
L’urbanisation en montagne, le remodelage des pistes de ski, ont
des conséquences importantes sur le régime de crue des torrents situés en aval.
A ce titre le versant des Arcs est un cas d’école. Les travaux de protection
nécessaires pour protéger les villages situés sous la station s’avèrent pour le
moins très importants.
14°)
De tout temps l’homme a détourné l’eau de son cours naturel. Il existe encore
de nombreux canaux d’irrigation qui s’étendent sur des kilomètres. Par exemple
ceux des Chapelles, ou encore celui du « pain perdu » sous le Clapet
à Seez. On trouve encore aussi de nombreux moulins en voie de dégradation. A Sainte
Foy, il y a encore des canaux de drainage en lauze qui permettaient au terrain
instable de cette commune de ne pas trop bouger…Plus récemment, les industries
ont capté des cours d’eau pour transformer leur énergie en électricité. Puis
EDF a repris cette transformation à plus grande échelle. La Tarentaise est un
gruyère ….Des galeries courent d’une vallée à l’autre sur des dizaines de
kilomètres, passant de la Tarentaise au Beaufortin ou à la Maurienne. Des
hommes ont creusé ces conduites. Lors des révisions ces chemins souterrains ont
parcourus à pied ou en jeep.. Tous ces ouvrages, avec
leur histoire, mériteraient sans doute d’être présentés à la population
locale et aux nombreux touristes qui fréquentent la Tarentaise.
15°)
La Tarentaise a le domaine skiable le plus fréquenté du monde. Certains
responsables souhaitent développer encore cette activité. D’autres s’interrogent
sur les risques générés par l’évolution climatique. Le développement des canons
à neige n’est pas étranger à cette évolution. Des loisirs du type « Thalasso »
à la montagne sont parfois envisagés pour « remplacer » le ski, ou au
moins « diversifier l’offre ». La population souvent aisée qui
fréquente notre région est une grosse consommatrice d’eau. On peut craindre une
forte croissance de cette consommation …..N’est-il pas temps d’arrêter tout
développement quantitatif en altitude ?
16°)
Quelles sont les réserves d’eau potable de qualité ?
En
espérant avoir répondu à votre attente, je vous prie de croire, Madame, à l’assurance
de mes sentiments les meilleurs.
Au
nom de l’association le Président Alain Machet