Gestion des déchets en Tarentaise.

 

L’association Vivre en Tarentaise est attentive à ce sujet depuis au moins une vingtaine d’années. Cette période a connu la fermeture de nombreuses décharges (légales ou non), l’arrêt de fonctionnement de plusieurs incinérateurs polluants, la réalisation des unités de traitement thermique de Valezan et des Brévières, et enfin la mise en place progressive du tri sélectif. Il faut noter aussi l’ouverture de nombreuses déchetteries qui contribuent aujourd’hui pour une part importante au recyclage. Cependant, il reste beaucoup à faire dans ce domaine et Vivre en Tarentaise tient à présenter quelques remarques ou propositions concrètes.

 

En ce qui concerne les structures intercommunales.

La gestion des déchets relève dans notre vallée de différentes structures. Toute action ou décision globale nécessite de rencontrer de nombreux interlocuteurs. En effet, les cantons de Bourg Saint-Maurice et Aime sont dotés d’incinérateurs. Ceux de Bozel et Moutiers participent à une vaste réflexion dans le cadre d’un syndicat intercommunal, le Symvallée, qui regroupe en outre le bassin albertvillois, le Beaufortain et le Val d’Arly. Quelles que soient les mesures retenues dans ce dernier cadre, il faudra encore attendre de nombreuses années avant que des installations voient le jour. L’exportation de nos déchets vers les départements voisins risque de durer encore longtemps et de coûter plusieurs dizaines de millions d’euros. Il faut savoir également que le Symvallée n’a que la compétence traitement. Cela signifie en clair que le tri sélectif reste de la compétence des structures locales : Sivom, Sitom, communautés de communes….Lorsque l’on cherche le bon interlocuteur, il n’est pas toujours facile de s’y retrouver.

 

Le recours à l’incinération.

Cette technique est utilisée très majoritairement en Haute Tarentaise. Si les résultats d’analyse des fumées sont plutôt rassurants, il faut malgré tout souligner que l’incinération d’une tonne de déchets aboutit à la formation de 300kg de mâchefers et de 30kg de résidus de filtration (REFIOM). Les mâchefers peuvent être, moyennant certaines conditions, utilisés en travaux publics. S’ils contiennent trop de métaux lourds, ils sont envoyés dans des décharges de classe II….D’autre part la réglementation qui s’applique actuellement, est  assez ancienne, risque d’évoluer et de limiter l’usage en travaux routiers qui de toute façon ne présente pas forcément un débouché « durable  écologiquement ». La mise en décharge risque donc de devenir la seule « solution » avec des coûts de plus en plus élevés. Même si les quantités de REFIOM sont plus faibles, leur toxicité oblige à recourir à des centres de stockage pour déchets ultimes (Classe I) . Il s’agit d’un vrai cadeau empoisonné que nous léguons à nos enfants. Il nous semble donc que l’incinération doit être utilisée uniquement en dernier recours après un tri approfondi.

 

Le tri sélectif.

Il existe partout dans la vallée. Mais en dehors des initiés, personne ne connaît le rendement du tri à Courchevel, à la Plagne ou ailleurs…Il nous paraît souhaitable de faire connaître régulièrement les performances des différentes communes dans ce domaine périodiquement. On avance souvent qu’il est plus difficile d’être exigeant avec un public qui se renouvelle chaque semaine qu’avec la population permanente mais, en fait, beaucoup de touristes étrangers ou non , ont une expérience du tri plus ancienne que la nôtre.

Il conviendrait donc d’agir d’une part auprès de la population locale qui doit évidemment donner l’exemple en préservant l’environnement qui constitue en quelque sorte son « outil de travail ». Les ambassadeurs du tri doivent poursuivre leur mission d’information auprès de tous les publics. Des contrôles de tri doivent être effectués. Des pénalités doivent être envisagées pour ceux qui trient peu ou mal.

En ce qui concerne les touristes, une approche commune à toutes les stations serait peut être intéressante. Les outils d’information ou de communication pourraient être mis en commun. Pourquoi pas une programmation échelonnée des progrès à accomplir en matière de tri. Pourquoi ne pas demander à voir le « sac de tri » avant la restitution de la caution dans les locations ?

Il nous paraît indispensable que notre vallée se fixe à moyen terme des objectifs ambitieux en matière de recyclage. Le chiffre de 70% d’ici dix ans ne nous parait pas utopique à condition que l’on veuille bien avoir le courage politique d’infléchir les comportements individuels et d’assumer ce choix rapidement. Notre région qui communique sur la qualité de son environnement se doit d’être cohérente et irréprochable dans ce domaine.

 

La gestion des fermentescibles.

Faut-il rappeler que cela représente environ 30% en masse du contenu de  nos poubelles. Diverses communes ont commencé à distribuer pour des prix modiques des composteurs individuels. Cette bonne initiative doit être évidemment poursuivie et généralisée à tout l’habitat individuel de Tarentaise. Les ambassadeurs du tri ont là aussi un rôle important à jouer. Nous proposons que l’on expérimente également le composteur de quartier pour l’habitat vertical. Là où il y a des pelouses, cela ne devrait pas poser de gros problèmes. Ces dispositifs existent chez certains de nos voisins européens. Devons nous nous retrancher définitivement derrière notre caractère latin réfractaire à la discipline et au règlement ? Pourquoi ne pas doter chaque établissement scolaire de composteurs destinés à recevoir tontes de pelouses et feuilles mortes. Cette mesure aurait au moins une valeur pédagogique.

La Tarentaise est dotée de nombreux restaurants petits, grands, collectifs etc…Tous ces établissements produisent en quantité des déchets qui pourraient être compostés ou méthanisés. Nous souhaitons que la réflexion en cours dans le cadre du Symvallée soit étendue à toute la vallée. La méthanisation, comme son nom l’indique, produit du méthane qui pourrait remplacer partiellement tous les carburants courants. Les déchets verts, certains excédents de fumiers, certaines boues de station d’épuration pourraient compléter ce gisement source de biocarburant. Il reste certes un digestat à la fin du processus. Mais, celui-ci peut soit être composté, soit stocké ou encore incinéré après séchage. Mais dans tous les cas, la matière organique est transformée en gaz à raison de  30%.

 

Les boues de stations d’épuration.

Elles sont mises en décharge, compostées, ou encore incinérées suivant le lieu de leur « production ». L’usine de compostage d’Aime permet de produire un amendement qui permet de reverdir les pistes de ski. Cette opération nous paraît devoir être reconduite dans le respect de la législation évidemment. Cette revégétalisation ne peut que contribuer à améliorer la stabilité des terrains de montagne parfois fragilisés à outrance par le remodelage des pistes de ski. (Voir dossier de déstabilisation du versant des Arcs). L’usine d’Aime présente malheureusement des problèmes d’odeurs qui sont insoutenables pour la population concernée. Si ces nuisances ne peuvent  être  supprimées, il serait sage que la Haute Tarentaise rejoigne les deux cantons de Basse Tarentaise et s’associe au projet d’usine de méthanisation envisagé autour d’Albertville.

 

Les déchets des artisans et des entreprises.

Ces acteurs là, comme les autres, ont de gros progrès à accomplir. On assiste trop souvent à des brûlages de déchets sur les chantiers. Ces comportements illégaux doivent cesser. L’accès aux déchetteries est payant à juste titre. Mais cela décourage certains d’y recourir. Dans ce cas, pourquoi ne pas mettre en place un « forfait annuel » déchetterie pour les petites et les grosses entreprises ? Une action d’information et de formation doit être menée auprès notamment des entreprises de travaux publics ou de génie civil. Le plan départemental de gestion des déchets prévoit la mise en place de plates-formes de tri recyclage pour les matériaux de démolition. Où sont les sites retenus pour la Tarentaise ?

 

Les déchets des commerçants.

La collecte des cartons et emballages doit être systématique auprès de cette catégorie de la population. Certains comportements doivent être dénoncés et être sanctionnés comme toutes les incivilités. La grande distribution trie souvent les films en plastique qui recouvrent les palettes de livraison. Pourquoi ne pas profiter de l’existence cette filière de tri recyclage pour la proposer à d’autres « producteurs » ?

 

La collecte des papiers.

Il y un gisement important dans le secteur tertiaire, dans les établissements scolaires, dans les administrations. Chaque école devrait avoir son container de récupération des papiers, revues, catalogues au moins pour des raisons pédagogiques.

 

La collecte des DTQD.

Les ambassadeurs du tri ont là aussi un rôle très important à jouer pour informer nos concitoyens des différentes substances qu’il ne faut ni mettre à la poubelle ne jeter à l’égout. Les entreprises, les artisans et les restaurateurs sont bien sûr concernés eux aussi. Tous les établissements scolaires sont-ils dotés de containers pour recueillir les piles usagées ? L’observation des mâchefers produit par nos incinérateurs est  malheureusement très instructive : on y distingue aisément de nombreuses « carcasses » de piles diverses et variées qui contiennent sans doute encore une part de métaux lourds.

 

Le transport des déchets.

La gestion durable des ressources naturelles impose bien sûr de réduire la consommation de combustibles fossiles. D’autre part, tous les véhicules contribuent à la pollution atmosphérique. Les camions représentent une part très importante de celle-ci. Le choix pour le Symvallée d’un site de traitement éloigné de la Tarentaise risque entraîner une circulation intense de camions divers et variés vers les alentours d’Albertville. La Haute Tarentaise s’est dotée d’une plate forme de stockage des déchets triés à proximité de l’usine de Valezan. Ce choix ne nous paraît pas judicieux car il ne facilite pas le transport par le train qui devrait à notre sens être privilégié. De la même façon, il serait souhaitable que  les déchets provenant de la moyenne Tarentaise soient transférées sur des wagons à Moutiers pour limiter le recours au camion et la pollution associée. D’autre part, de nombreuses bennes transportant des déchets non compressés circulent sur nos routes. Il serait donc souhaitable qu’un compactage préalable soit réalisé pour optimiser la benne. Cette proposition est d’ailleurs également valable   pour le transport par le rail.

 

Les décharges de classe III.

D’après le plan départemental de gestion des déchets, chaque canton est sensé se doter d’au moins un centre de stockage des déchets inertes. Il va de soi que chacun d’entre eux doit être clôturé et gardienné. Il faut savoir que seules quelques décharges de ce type dans le département respectent la réglementation.

Quels sont les sites retenus pour notre vallée ?

 

La publicité dans les boites à lettres.

Elle représente 40kg par habitant et par an. Le comité départemental de concertation sur la gestion des déchets est l’initiateur d’une charte qui devrait être signée par le Conseil Général, les sociétés de distribution et les associations. Ce texte devrait favoriser le respect des badges « stop pub », tout en assurant ceux qui les apposent de recevoir les journaux d’information provenant des collectivités et des associations. A quand un badge propre à la Tarentaise ? 

 

Vivre en Tarentaise, Janvier 2006